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Comment résoudre un problème comme… Trump ? Notre chroniqueuse Amal Ghandour propose une analyse au vitriol non seulement de Trump, mais de l’impérialisme lui-même.
Vous avez devant vous une représentation de Donald, le Grand libérateur. Je tiens à préciser que ni l’image, ni le titre ne doivent être pris pour de l’ironie. L’image générée par l’IA a été utilisée par les comptes de la Maison Blanche sur les réseaux sociaux. Le titre, lui, est de moi, évidemment.
À vrai dire, le président Donald Trump présente toute une série de particularités fascinantes. Le plus intrigant, à mon avis, ce sont les affinités entre son goût pour l’excès ornemental et son penchant pour la politique de bas étage. Les meubles et les murs dorés dans le style Louis XIV version toc, le comportement, dans le style point américain.
À première vue, on détecte un décalage, mais c’est pour ensuite découvrir exactement le contraire. Car cet homme n’est qu’apparence. Il aime les parures dorées, les défilés militaires, les foules immenses, les gâteaux au chocolat gargantuesques, les salles de bal gigantesques. Et il aime les bagarres de saloon. Ou plus précisément, il aime donner l’impression de gagner haut la main, même lorsqu’il est évident qu’il remportera facilement la victoire.
Ce n’est pas seulement un penchant pour le spectacle, mais pour le spectaculaire dans le spectacle. Quels que soient la forme ou le but de l’acte individuel performatif, le message est toujours le même : je le veux et je l’aurai, parce que je le peux. Le pouvoir, libéré, déchaîné, sans entraves et impitoyable, avec une touche à la Trump, exercé selon sa propre volonté, sur un coup de tête, envers n’importe qui et n’importe quoi.
Mais où est le problème ? Tout Empire est instinctivement brutal, même lorsqu’il n’a pas vraiment besoin de l’être. Nous, qui en subissons les conséquences, avons toujours été révoltés par les « subtilités internationales » derrière lesquelles l’impérialisme masque ses cruautés. Aux États-Unis, ses principaux détracteurs sonnent l’alarme depuis longtemps : les protections supposées qui isolent la république de l’empire sont imaginaires. « Nous n’avons pas plus de démocratie que nous n’avons de république. Nous avons un empire », écrivait Gore Vidal en 2002, dans Perpetual War For Perpetual Peace. Aujourd’hui, le président américain embrasse cette vérité et agit, sans s’en cacher, en conséquence, et ceux qui en sont horrifiés en ont l’écume aux lèvres.
Un empire est également capricieux et, plus souvent que nous voulons bien l’admettre, absurde. À un âge avancé, il peut être acariâtre au point d’en être comique. Il est tout à fait normal que l’empereur et son entourage incarnent fidèlement ses modalités et son tempérament. On aurait pu s’attendre à ce que Trump méprise la hiérarchie : plus la position d’un pays sur le ring est basse, plus on le traitement avec rudesse, plus elle est élevée, plus on le traite avec douceur. Il n’en est rien, au grand désarroi des alliés occidentaux, dont la plupart ont eux-mêmes une riche histoire coloniale. Cet héritage impérial commun faisait d’eux des âmes sœurs, membres d’un même club, auteurs collectifs d’un ordre international sur mesure, partageant les mêmes privilèges, se livrant aux mêmes hypocrisies et accordant des exemptions à leurs pays respectifs chéris. Ce n’est apparemment plus le cas sous Trump.
Pour être honnête, telles sont les prérogatives des plus grandes superpuissances, même envers leurs amis les plus proches. Et c’est aussi le penchant particulier de Trump. Que cette démonstration publique de mépris ait un sens, sans parler de nuire aux intérêts impériaux, est une autre question – une question qui, je suppose, ne préoccupe pas vraiment le président américain. Après tout, comme l’a dit Scarlett O’Hara, juste avant de disparaître dans le noir dans Autant en emporte le vent : « Demain est un autre jour. »
Pour aujourd’hui, on dira simplement qu’il est plutôt amusant de voir une Europe déconcertée monter à bord de ce train où règne la peur, celui-là même que le reste d’entre nous, simples mortels, empruntons depuis ce qui semble être une éternité. Il a été particulièrement divertissant de voir les principaux membres de la communauté européenne bégayer sur la légalité de l’intervention musclée de Trump au Venezuela, pour ne retrouver leurs mots que lorsqu’il a tourné son regard vers le Groenland. On peut légitimement se demander ce qui différencie exactement le Venezuela du pays des Kalaallit.

Trump s’est certainement posé cette question il y a longtemps et a rapidement découvert que la réponse était : rien. Fort de cette attitude égalitaire, il mérite tout notre crédit pour son honnêteté ; quant aux hésitations de l’Europe, celle-ci en vient, hélas, à faire l’objet de toutes les moqueries.
Si ces sensibilités trumpiennes choquent le continent, ce qui est d’ailleurs franchement choquant en soi, les exceptions sont, elles, éclairantes : la Hongrie, à l’extrémité opposée du spectre de la peur. Viktor Orbán, de Magyarország, a été l’un des premiers à présenter publiquement l’étranger comme un agent contaminant, à exploiter les émotions les plus brutes et à mettre efficacement en marche le train de la peur pour protéger son peuple contre « l’anéantissement de la civilisation ». Ce n’est pas que beaucoup de ses collègues européens s’en soient offusqués, loin de là. C’est plutôt qu’ils ont tergiversé tout en suivant timidement son exemple.
En fait, l’Europe tergiverse de manière embarrassante depuis des années face aux multiples crises auxquelles est confrontée : elle tergiverse à propos de Gaza mais pas de l’Ukraine, à propos de la Palestine mais pas d’Israël, à propos de Poutine mais pas de Netanyahu, à propos de la liberté d’expression et de réunion mais pas quand il s’agit de se réunir pour la Palestine, à propos des réfugiés bruns mais pas des réfugiés blancs, à propos de l’islamophobie mais pas de l’antisémitisme.

Et Trump n’aime tout simplement pas ceux qui tergiversent. Il n’aime déjà pas cela aux Etats-Unis, alors pourquoi devrait-il le tolérer dans ce qu’il considère comme son arrière-cour ?
« C’est un nouvel ordre mondial », a déclaré Orbán avec enthousiasme, au début de l’année 2026. C’est peut-être vrai pour l’univers occidental. Pour le nôtre, c’est l’ordre mondial tel qu’il a toujours été.

Dans l’immédiat, mon regard se porte donc sur l’Iran.
Sur un autre sujet
Je reste sur le même sujet cette semaine, parce tout cela est bien trop intéressant.
Deux pays se trouvent actuellement dans l’œil du cyclone : le Venezuela et l’Iran. Deux podcasts du Quincy Institute for Responsible Statecraft consacrés à ces deux pays retiennent particulièrement l’attention.
La discussion sur le Venezuela réunit John Mearsheimer, Curt Mills et Miguel Tinker Salas.
Le panel sur l’Iran comprend Vali Nasr, Ellie Geranmayeh et Mohammad Ali Shabani.
Tous deux nous offrent des perspectives exceptionnelles.
*Sources : Eurostat – « Diversité de la population de l’UE par nationalité et pays de naissance » (janvier 2024) ; RFBerlin – « La population immigrée dans l’Union européenne » (avril 2025) –Voronoi / Visual Capitalist – « Quelle part de l’Europe est composée d’immigrés ? » (2025) ; Document de travail MIrreM – « La population migrante irrégulière en Europe » (2024) – Pages pays MIrreM.
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La chronique bihebdomadaire d’Amal Ghandour, « This Arab Life », paraît le vendredi toutes les deux semaines, dans The Markaz Review, ainsi que sur son Substack, and is syndicated in Arabic in Al Quds Al Arabi.
Les opinions publiées dans The Markaz Review reflètent le point de vue de leurs auteurs et ne représentent pas nécessairement celui de TMR.
traduit de l’anglais par Marion Beauchamp-Levet

