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En 1979, une famille libano-arménienne arrive à Los Angeles, là commencent les discrètes négociations de l’assimilation.
1. Personne ne veut savoir que tu as enterré des orphelins de ton âge
dans les ghettos de Beyrouth. Fais comme la fleur compressée
dans un herbier ou adopte un mutisme sélectif.
2. Comme pour les aphtes, mets des punaises ou des trombones
sous ta langue pour l’empêcher de bouger. Ravale
les inepties sur ce sniper aveugle.
3. Si les profs te disent d’arrêter de mâchonner
la graphite, la gomme, les copeaux de crayon,
fais semblant de sucer des bonbons de mastic.
4. Cherche des bouts de lavash moisi ou des morceaux
de gâteau à la cardamome perdu dans ton sac. Mâchonner
ces miettes t’évitera de maudire Dieu.
5. À la bibliothèque, l’Égyptienne qui se cache derrière
un globe décoloré n’arrivera jamais à placer ton accent.
Trouve le courage de de murmurer marhaba.
6. En cours, quand on te demandera de lire
Le Bruit et la Fureur de Faulkner à voix haute,
baisse les yeux et marmonne « je ne trouve plus ma place ».
7. Va à la chorale : une patrie, effacée,
coincée comme de la poussière de craie au fond de ta gorge
ne s’entend pas dans un requiem.

Mohammed Joha, « Houseless N°1 », acrylique, textile, et collages mixtes sur toile, 75 x 100 cm (avec l’aimable autorisation de la Zawyeh Gallery, Ramallah).
de la part du poète – « Comment effacer un accent arménien en seconde » a vécu pendant des années dans mon journal intime sous forme de strophes éparses. Il a finalement pris forme lorsque j’ai numéroté les sections et commencé à voir la structure des consignes qui les sous-tendait. Le poème a été affiné grâce à des conversations et des ateliers avec l’aide de mes complices : les Zephyr Poets de Los Angeles, qui m’ont aidé à entendre là où le silence devait s’exprimer plus clairement.
Traduit de l’anglais par Marion Beauchamp-Levet

