Au Caire, le centre-ville cherche à retrouver son statut de ville monde

Cario, scenes from Downtown (all photos courtesy Iason Athanasiadis).

13 JUNE 2025 • By Iason Athanasiadis

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Un festival de photographie, organisé avec le soutien d’une entreprise de développement immobilier, met le centre-ville du Caire et sa transformation sous les feux des projecteurs.

LE CAIRE – Marwa Abou Leila est née une deuxième fois place Tahrir, pendant la révolution égyptienne de 2011. Cette banquière d’affaire de 48 ans, qui, de jour, travaillait au service des clients VIP d’une banque égyptienne, a commencé à essuyer les reproches de ses collègues plus conservateurs parce qu’elle fréquentait le haut lieu de la révolution après le travail.

« Tous ceux qui croyaient en la révolution ont vécu leur propre renaissance place Tahrir », explique Marwa Abou Leila, qui, aujourd’hui, est devenue l’organisatrice de la Cairo Photo Week (Semaine de la Photo du Caire – ndt). « Cela nous a amenés à repenser nos vies, personnellement, cela m’a poussée à quitter mon travail et à remettre en question beaucoup de choses. »

Cela l’a aussi reconnectée avec wast al-balad au Caire, ce quartier européen aux hôtels particuliers et immeubles vétustes mais spectaculaires (ou spectaculairement vétustes) du début du XXe siècle, dont l’échelle est plus grandiose que Beyoğlu à Istanbul ou que dans le centre-ville d’Alger. Inspiré par le Paris haussmannien, le quartier a été construit à partir des années 1860 sur les débris de quartiers populaires, afin de pouvoir accompagner l’ouverture du Canal du Suez. Il est ensuite resté, durant plus d’un siècle, d’inspiration occidentale et multiculturel tout en se faisant le centre commercial et culturel de la capitale égyptienne. 

Mais quand Abou Leila était petite, les minorités avaient émigré et le centre-ville n’était plus que l’ombre de lui-même : il était occupé par quelques bourgeois égyptiens s’accrochant à leurs palais délabrés, une nouvelle classe moyenne qui avait réussi à s’installer dans des appartements aux loyers encadrés et des immigrants venus des zones rurales du pays. Contrairement à la plupart des Égyptiens aisés qui vivaient dans des lotissements coûteux en périphérie et n’avait aucun lien avec le quartier, Abou Leila garde un souvenir ému de ses visites dans l’appartement aux hauts plafonds de sa grand-mère quand elle était enfant, elle se souvient d’ascenseurs anciens qui vrombissaient dans de grands halls sombres ou des coups frappés à la porte de l’appartement de « la vieille voisine grecque et folle, avant de s’enfuir en courant ». Mais quand ses parents se sont séparés, son lien avec le centre-ville a été rompu. 

Après la révolution, Abou Leila a quitté son emploi dans le monde des entreprises et a suivi des cours de photographie à la Photographers’ Gallery de Londres. Cette galerie hybride, à la fois espace éducatif et lieu de réseautage, l’a inspirée dans la création de Photopia, qui a finalement donné lieu à la mise en place d’ateliers et à l’organisation de la Cairo Photo Week pour la première fois en 2018. Une entreprise de développement immobilier du nom d’al-Ismaelia, dont Abou Leila a rencontré le propriétaire à Tahrir pendant la révolution, a mis à disposition quelques-uns de ses 25 immeubles du quartier pour accueillir ce festival en pleine expansion.

Depuis les années 1880 déjà, les gens qui se disaient respectables évitaient le centre-ville qui était alors devenu le quartier concentrant tous les types de divertissements au Caire et avait développé ce que Raphael Cormack qualifiait de « hiérarchie de la honte », dans Midnight in Cairo: The Divas of Egypt’s Roaring Twenties. Après le départ des Grecs, des Arméniens et des Juifs d’Égypte, leurs théâtres, leurs revues et leurs cabarets ont été remplacés par des bars clandestins et des brasseries enfumées, cachés derrière des portes closes.

« Quand je me suis installé ici en 1977 pour mes études, le centre-ville était un peu comme aujourd’hui : un endroit de chaos et à la grandeur déclinante », raconte Patrick Werr, journaliste financier à la retraite, résident de longue date au Caire et propriétaire de quatre appartements dans le centre-ville. « Il y a 100 ans, c’était le quartier des riches, mais même pendant son déclin, j’ai toujours su qu’il renaîtrait, car l’architecture y est fantastique. »

Anwar Wagdi et Leila Mourad, célèbres acteurs respectivement de confession musulmane et juive, s’y sont mariés et ont vécu dans l’immeuble Immobilia, haut de 70 mètres. À son achèvement, c’était le plus haut gratte-ciel du Caire, et ses résidents formaient le gratin du monde du spectacle et des affaires en Égypte, y vivaient notamment l’acteur Omar Sharif, le chanteur Mohammed Abdel Wahab et le réalisateur Naguib el-Rihani. 

Le centre-ville et ses sous-cultures ont traversé avec paresse les années 1980 et 1990 plus introverties. À la fin du millénaire, un conservateur de musée australien a fait fi des idées reçues et a ouvert une nouvelle galerie au milieu d’un quartier de garagistes. La coexistence s’est avérée pacifique et a rapidement donné naissance à Nitaq, un festival artistique qui a marqué toute la ville et toute une époque.


Scène du centre-ville du Caire (photo d’Iason Athanasiadis).
Scène du centre-ville du Caire (photo d’Iason Athanasiadis).

La révolution de 2011 et les années d’instabilité et de politique sécuritaire qui ont suivi ont paralysé le quartier, mais ont également ouvert les portes à une nouvelle génération. Sa dernière apparition sur la scène internationale remonte à 2021, lorsque les façades des bâtiments ont été repeintes à la hâte pour servir de toile de fond au départ des momies du Musée égyptien lors d’un spectaculaire défilé baptisé « la Parade dorée des Pharaons ».

Le départ des momies a marqué une nouvelle étape dans l’abandon du centre-ville. La succession de départs, plus ou moins volontaires, a commencé à la fin du XIXe siècle avec le déplacement massif des Égyptiens ordinaires afin de créer un quartier destiné aux Européens. Les minorités ethniques ont, ensuite, été en grande partie bannies à la suite des nationalisations des années 1950 et des guerres israélo-arabes. Au XXIe siècle, la révolution de 2011, qui couvait depuis longtemps, a secoué le centre-ville, avant d’être suivie par le transfert de tous les ministères vers une nouvelle capitale construite à cet effet dans le désert. Dernière en date, la décision de la Cour suprême de 2024 mettant fin au contrôle des loyers a ouvert la voie à de nouvelles expulsions massives.

Ramses II et les autres exilés du centre-ville

Pendant la Cairo Photo Week, une villa délabrée masque les traces de l’un des exilés les plus célèbres du centre du Caire : la statue du pharaon Ramsès II, qui a dominé pendant des décennies la place située à côté de la gare centrale Art déco du Caire avant d’être retirée en 2006. La statue apparaît sur une photographie exposée par la photojournaliste égypto-palestinienne Randa Shaath. Après que des décennies de pollution dans le centre du Caire ont corrodé le granit de la statue, celle-ci a récemment été installée dans le nouveau Grand Egyptian Museum (GEM – Grand musée égyptien), qui devrait ouvrir ses portes cette année.

« Le Caire change beaucoup et les gens et les scènes, principalement la scène littéraire, que je connaissais dans le centre-ville n’existent plus », a déclaré Shaath à TMR. « Je me promène toujours dans les environs, mais les magasins ont changé, les rues ont changé et je me sens comme une étrangère. »


Portrait de Randa Shaath (photo d’Iason Athanasiadis)
Portrait de Randa Shaath (photo d’Iason Athanasiadis)

Dans Cairo 1990s, l’exposition de Shaath, des comédiens, des danseuses du ventre et des policiers se bousculent dans un centre-ville désormais disparu. « Les maisons et les villes disparaissent, et les souvenirs s’estompent, explique Shaath. Mais la photographie reste un outil pour résister à la disparition et à la perte. »

Shaath se rappelle comment les peintres se réunissaient dans un café connu sous le nom d’el-Kayiba (le Déprimant), tandis que les écrivains se retrouvaient à Zahret al-Bustan et les romanciers et traducteurs au Greek Club. « Mais cette époque est révolue, l’esprit des gens qui discutaient art et culture n’existe plus », conclut-elle. Une zone connue sous le nom de Triangle de la peur, située entre trois lieux de rencontre célèbres du centre-ville, le Grillon, le Greek Club et l’Estoril, était un véritable foyer d’activité intellectuelle où l’on avait toutes les chances de croiser l’un de ces personnages souvent revêches et grandioses. Le parolier de gauche Ahmad Fouad Negm raillait ces intellectuels bourgeois du centre-ville, les qualifiant de « vaniteux et pompeux, beau parleur et loquace, qui ne participent jamais aux manifestations et ne se mêlent jamais à la foule ».

Le lieu où se déroule l’exposition de Shaath est une œuvre d’art en soi : une villa européenne fantaisiste de la fin du XIXe siècle, avec un grand escalier soutenu par un bout de bois, des sols carrelés bosselés, et une girouette en forme de coq qui pourrait tout aussi bien se trouver au-dessus d’un village de montagne suisse plutôt que face au redoutable complexe du ministère de l’Intérieur qui abritait autrefois la Sécurité d’État. Lorsque la villa a été construite par Mohamed Faizi Pacha, fils d’un général albanais dans la nouvelle Égypte post-mamelouke établie par Mohamed Ali, elle se trouvait dans un quartier verdoyant dont de multiples palais bordaient le Nil. Faizi Pacha était un fonctionnaire, travaillant initialement comme traducteur turco-arabe dans l’entourage du palais Abdeen situé à proximité, avant de gravir les échelons pour devenir directeur des waqfs (les fondations caritatives islamiques).

« C’était une période de modernisation et de beaux bâtiments se construisaient », explique Mariam Helmy, descendante de la cinquième génération de Faizi Pasha et programmatrice culturelle au GEM, qui cherche aujourd’hui à redonner une nouvelle vie à la villa. « Plutôt que de la figer dans le temps en la restaurant et en la traitant comme une pièce de musée, ou de la fermer pour en faire un espace privé exclusif, j’aimerais qu’elle ait un avenir culturel et créatif. »

« Les gens se rendent compte que c’est le moment idéal pour acheter des appartements dans le centre-ville et les transformer en Airbnb », ajoute Mariam Helmy. « Pour moi, ce lieu a un potentiel illimité, mais il a besoin d’investisseurs qui ont le sens de l’histoire et qui sauront trouver le juste équilibre entre préservation et renaissance. »

La villa a été louée pendant des décennies par l’Université américaine du Caire (AUC) et a servi de salle de classe, de crèche et de librairie. En montant les escaliers, Mariam montre les sols en pierre d’origine à l’étage supérieur, avant de s’arrêter, consternée, devant les lattes de bois fissurées du toit ravagé. Sur le terrain du ministère de l’Intérieur situé en face, lieu synonyme de torture, des grues préparent un quartier dédié à l’innovation. Une autre villa, qui abritait autrefois la bibliothèque de livres rares de l’AUC, a déjà rouvert ses portes en tant qu’espace de coworking et d’organisation de divers événements.

« Avant, il était impossible de visiter ce quartier et de s’y promener », explique Michel Hanna, photographe qui a constitué une importante mine d’archives architecturales au cours des 15 dernières années. « Parfois, ils interdisaient même aux personnes qui vivaient près du ministère de sortir sur leur balcon. »



L’emplacement d’abord, et avant tout

Les lieux sont les stars incontestées de la Cairo Photo Week. Le cœur du festival réside dans le complexe du Cinema Radio complètement restauré, c’est un bâtiment emblématique où la légendaire chanteuse Oum Kalthoum s’est produite et qui, lors de son ouverture en 1932, abritait le plus grand écran du Caire. Une série de tirages mettant en scène le mannequin égypto-marocain Imaan Hammam posant devant des décors emblématiques du centre-ville mène, à travers un couloir digne d’Instagram, à l’ancien quartier des garagistes de Maruf et à plusieurs cafés pittoresques, où une série de hangars accueillent les conférences, le bazar et plusieurs expositions du festival.

Les photos ont été prises par le photographe néerlandais Vincent van de Wijngaard pour Harper’s Bazaar dans le cadre d’un engouement croissant autour de la ville. « On trouve encore beaucoup d’authenticité au Caire, alors que dans d’autres villes, ça a disparu », raconte Van de Wijngaard à TMR, en rejetant toute idée que son travail pourrait contribuer à la gentrification de la ville. « Il y a certaines similitudes avec La Havane ou Casablanca, et je parviens encore à capturer une atmosphère mélancolique qui rappelle davantage l’époque victorienne. »

La vedette est donnée à l’exposition de la photographe égyptienne Nermine Hammam, Wetiko : Cowboys and Indigenes. Elle y mêle peintures orientalistes et représentations de la Guerre de Sécession à des photographies stylisées des Printemps arabes et des occupations américaines en Afghanistan et en Irak, invitant le spectateur à discerner « la maladie psychospirituelle au cœur des crises de la modernité ». Juste à côté, World Press Photo expose des photos de presse sur les migrations, qui ont été primées.

C’est le début du crépuscule du troisième jour du festival, qui dure dix jours, et Abou Leila, sa fondatrice, se fraye un chemin à travers une série de passages commerciaux remplis de cafés et de petites boutiques pour se rendre à Tamara Haus, une maison de ville en briques rouges récemment rénovée, face à une église catholique de style florentin. Dans un salon aménagé avec goût, un éclairage tamisé met en valeur les clichés du photographe lifestyle Yehia El-Alaily, qui ont pour sujet des lieux emblématiques du vieux centre-ville, dont certains ont déjà disparu. Une série de grandes pièces au rez-de-chaussée et au premier étage s’ouvrent depuis le grand escalier central et abritent des boutiques vendant des articles conçus par des artisans égyptiens.

« Très pollué, difficile de se garer et il ne s’y passe rien d’intéressant », explique Abou Leila, pour décrire l’image du centre-ville jusqu’à récemment. « Malgré les investissements d’Ismaelia depuis 2008, il a fallu des années pour que les perceptions changent, mais aujourd’hui, le quartier attire ceux qui souhaitent y passer du temps, dans un environnement agréable. »

En fait, Abou Leila parle « [d]es services, les bâtiments rénovés. Il ne s’agit pas d’être élitiste ou chic, mais d’accessibilité, de services adéquats, pas d’une terrasse délabrée sur un toit, qui peut être très cool mais qui n’est pas du calibre de ce qui attirerait… » Sa voix baisse petit à petit.

D’autres considèrent que la Cairo Photo Week et d’autres festivals parrainés par l’État, comme Art d’Égypte, s’inscrivent dans une tendance néfaste qui consiste à « utiliser l’art comme outil de marketing et la culture comme moyen de rebranding ».

« Le Cinema Radio, le passage Kodak et maintenant le Cairo Design District ne sont pas seulement des lieux, ce sont des atouts pour l’imaginaire de la finance », écrit Sarah Rifky. « Le centre-ville du Caire est en train d’être réécrit comme un lieu cosmopolite, rentable et chic (oscillant entre Belle Époque et chic baladi), et l’État en est un actionnaire enthousiaste. »

« Lorsque nous avons commencé à nous concentrer sur la revitalisation de certains quartiers qui avaient été abandonnés au fil des ans, nous avons choisi des activités non discriminatoires qui s’adressaient à différents segments socio-économiques, et il n’y en a que très peu, ce sont la politique, la religion, le sport et les arts », rétorque Shafei, fondateur d’Ismaelia. « Il n’est pas nécessaire d’être très riche pour apprécier une belle image ou un concert dans la rue. C’est pourquoi, au fil des ans, nous avons ouvert nos portes à tous ceux qui souhaitent participer à la création artistique. »

« Lorsque vous retirez du centre-ville des éléments tels que le Musée National, les banques, les établissements universitaires et les fonctionnaires, vous le privez de ce qui rend une ville intéressante et vous vous retrouvez avec une ville remplie de cafés aux chaises en plastique, où il reste impossible de boire un café décent », explique Jeffrey Allen, défenseur du patrimoine au World Monuments Fund, et qui vit en Égypte depuis 30 ans.

D’autres voient dans cette tendance à la gentrification une contre-mesure nécessaire face à un État autoritaire qui, dans sa quête de modernité, a démoli et détruit des quartiers entiers de la vieille ville, y compris des cimetières centenaires classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

« Je préfère qu’Ismaelia redonne une vie à ces bâtiments, même si cela leur enlève la patine du temps, car cela rend plus difficile que d’autres les reprennent », déclare Amgad Aggag, archiviste qui expose une collection de portraits en studio pris à partir des années 1930, soit une période longue de plus d’un demi-siècle, et intitulée The Lifespan of a Face (La durée de vie d’un visage – ndt). « Les rénovations remettent les bâtiments sur le devant de la scène, s’ils sont complètement abandonnés, personne ne les protégera. »

Chacun y trouve un peu son compte

En dehors de la question de la gentrification, la Cairo Photo Week prend de l’ampleur. « Huit ans après sa création, mon rêve est devenu réalité », se réjouit Abou Leila. « C’est devenu une destination régionale et internationale, avec des partenariats institutionnels, de grands sponsors et des conservateurs d’exposition internationaux. »

Mais la qualité est inégale. À quelques minutes de l’animation de la rue Talat Harb, la cour du bâtiment moderniste Ouzounian accueille une exposition au concept ambigu et consacrée au football. Le Goethe Institut présente des images inédites de Fred Boissonas, un photographe suisse du XIXe siècle chargé par le roi d’Égypte de photographier le pays dans le cadre d’un nouveau récit national. Les récits provocateurs abondent dans un regroupement des clichés de 11 photographes arabes qui couvrent, souvent de manière lyrique, les bombardements israéliens à Gaza et dans le sud du Liban, la façon dont la maladie d’Alzheimer affectent les proches des malades, les toxicomanes dans la rue et le processus par lequel l’État égyptien a démoli ses cimetières historiques.

« Je m’attendais à ce que cette section soit fermée en raison des photographies présentées sur les démolitions dans les cimetières », a déclaré Abou Leila. « Même si nous avions obtenu les autorisations de sécurité avant le festival, ils sont quand même venus inspecter l’espace pour vérifier les œuvres exposées sur les murs, mais nous sommes heureux que notre exposition ait passé la censure. Ils ne semblaient pas comprendre l’histoire, ou peut-être ne l’ont-ils pas remarquée. »

Dans le passage Kodak, qui était autrefois le centre névralgique des photographes argentiques du Caire, des portraits stylisés illustrant différents régimes alimentaires à travers le monde constituent une exposition coûteuse mais insipide, qui tient davantage de la publicité que de l’art. Elle côtoie un établissement hybride, à mi-chemin entre le café et le restaurant, avec son mobilier en bois blanc scandinave, ses murs en briques rouges apparentes et ses photographies « patrimoniales » d’Égyptiens traditionnels, que la brochure présente comme une « expérience curatoriale en édition limitée, en partenariat avec Al Ismaelia for Real Estate Investment » et qui « rend un hommage libre aux institutions culinaires locales telles que le Café Riche et l’Estoril. C’est moins une renaissance ou un hommage, qu’une réponse, une conversation ». Se pose deux questions évidentes qui sont d’abord de savoir s’il s’agit d’un dialogue de sourds, et ensuite : pourquoi ne pas aller directement à l’établissement originel (le bâtiment du Café Riche a été la première acquisition d’Ismaelia) ?

Quelques jours après le début du festival, le passage Kodak devient le théâtre d’une fête organisée pour le cinquième anniversaire d’un magazine intitulé DIVAZ, consacré à la « nouvelle vague arabe ». Des mannequins aux jambes interminables et des influenceurs arpentent la piste de danse vide au rythme d’une musique si forte qu’il est impossible de discuter. Une inscription sur le mur indique que DIVAZ « décolonise les récits visuels et […] transforme le passage Kodak du Caire en une cour arabe numérique où les portes et les fenêtres deviennent des portails vers les villes arabes, le tout capturé à travers l’objectif intime et démocratique de vignettes filmées avec des téléphones portables ». Mais l’impression qui reste est plutôt celle d’une bulle de privilèges occidentalisée, protégée par des gardes du corps et dissimulée derrière un écran de fumée de démocratisation et d’accessibilité.

« Au départ, la Photo Week attirait des passionnés de photographie et des professionnels du secteur, mais aujourd’hui, beaucoup de célébrités qui viennent tout juste d’émerger s’y intéressent parce que c’est devenu plus branché et qu’elles veulent être vues dans ces cercles.», explique Shafei, PDG d’Ismaelia. « C’est une bonne chose, car il faut des passionnés pour faire avancer les choses, mais aussi d’autres personnes, qui viennent pour le spectacle, car ce sont elles qui apportent de l’argent et achètent les œuvres d’art. »

Dans la rue Mohamed Farid à côté, les visiteurs empruntent les entrées spectaculaires du bâtiment Shourbagy et montent dans les anciens ascenseurs qui les mènent au toit labyrinthique. Construit en 1910 dans un style néo-médiéval par un architecte gallois et acquis par Ismaelia en 2008, le bâtiment a abrité le studio du photographe de la famille royale égyptienne, le Juif roumain Jean Weinberg, après qu’il a été interdit de travailler à Istanbul pour avoir contrarié Atatürk.

Parmi les nombreuses expositions qui couvrent les murs des appartements du toit, les plus frappantes sont un mélange de portraits et de photos de presse appartenant à Ahmed Badawy, un photographe alexandrin, formé en Arménie, aujourd’hui décédé, et qui représente la première génération de photographes musulmans égyptiens à avoir fait leur apparition après le départ des minorités à partir des années 1950. L’œuvre de Badawy est un mélange de portraits posés, pris dans son studio devant un fond floral, qui était un élément incontournable d’Alexandrie, et d’autoportraits et d’images saisissantes de foules assistant aux funérailles du dirigeant égyptien emblématique : Gamal Abdel Nasser. La vue sur la ville qui s’étend au-delà des remparts du toit est tout aussi fascinante que les images à l’intérieur et révélatrice de l’esprit du moment au Caire, avec la synagogue Art déco Sha’ar Hashamayim, les aperçus de la vie dans la pauvreté à travers les fenêtres éclairées d’un bâtiment Art nouveau néo-byzantin situé en face, et une scène de construction nocturne sur le site du plus ancien hôtel d’Égypte, le Grand Continental, démoli en 2018.

« Ma relation avec le centre-ville va bien au-delà de ce festival », explique Marwan, un étudiant en médecine vétérinaire qui se promène sur le toit. Il vient suivre des cours de son université et assister à des répétitions théâtrales dans des salles exiguës nichées dans les dômes des anciens appartements somptueux de l’époque du Khédive. « Lorsque je monte ces vastes escaliers, tous sombres, le chant qui résonne depuis le toit, où les artistes répètent, me donne des frissons.»

Achevés en 1910, les quatre bâtiments khédivaux dominent toujours l’un des carrefours les plus élégants du Caire. George Seferis, diplomate grec, poète et lauréat du prix Nobel, a travaillé là pendant la Seconde Guerre mondiale, et le consulat grec est resté dans ce bâtiment délabré jusqu’en 2023.

Les appartements khédivaux, autrefois luxuriants, se trouvaient au cœur du quartier des cinémas et des théâtres du Caire, et les cafés locaux attirent encore aujourd’hui ceux qui aspirent à devenir acteurs, producteurs ou comédiens. Les mafias du théâtre s’attaquent à ces derniers, les attirant dans les petites salles de répétition qu’elles louent dans les dômes majestueux, pour préparer des premières qui ne cessent de s’éloigner, parce qu’elles attendent toujours un nouveau paiement.

« C’est une autre des nombreuses arnaques du centre-ville », explique Qadri Abulhol, figure emblématique du quartier et acteur occasionnel, dont la ressemblance avec Mouammar Kadhafi lui a valu un rôle dans une production locale sur le dirigeant libyen déchu. Abulhol vit dans un appartement à loyer encadré, des amis et des connaissances le saluent à chaque coin de rue.

C’est le début de la soirée quand il se dirige vers le Cinema Radio, en passant devant les cafés et les cinémas fermés, à travers les boulevards bondés de familles en goguette. En passant devant l’immeuble Ouzounian, Abulhol observe les serveurs qui apportent des plateaux de délicieux falafels à la foule de gens branchés qui s’amuse à l’intérieur. Sa réaction à la Photo Week est celle d’une vigilance modérée, comme s’il savait qu’il habite un monde différent de celui de la foule qui se trouve dans les bâtiments rénovés. Au Cinema Radio, une connaissance qui porte un bracelet du festival l’invite à l’un des événements, mais, alors qu’il se tient dans l’atrium étincelant, entouré de jeunes Cairotes anglophones qui bavardent dans une librairie haut de gamme ou sortent d’un restaurant néo-levantin, Abulhol préfère se glisser dans la rue animée et disparaître dans la foule du vendredi soir.


 traduit de l’anglais par Marion Beauchamp-Levet

Iason Athanasiadis

Iason Athanasiadis is a Mediterranean-focused multimedia journalist based between Athens, Istanbul, and Tunis. He uses all media to recount the story of how we can adapt to the era of climate change, mass migration, and the misapplication of distorted modernities. He studied... Read more

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Don’t Ask me to Reveal my Lover’s Name لا تسألوني ما اسمهُ حبيبي
Poetry

Four Poems by Alaa Hassanien from The Love That Doubles Loneliness

4 FEBRUARY 2024 • By Alaa Hassanien, Salma Moustafa Khalil
Four Poems by Alaa Hassanien from <em>The Love That Doubles Loneliness</em>
Featured excerpt

Almost Every Day—from the novel by Mohammed Abdelnabi

3 DECEMBER 2023 • By Mohammed Abdelnabi, Nada Faris
<em>Almost Every Day</em>—from the novel by Mohammed Abdelnabi
Poetry

Home: New Arabic Poems in Translation

11 OCTOBER 2023 • By Sarah Coolidge
<em>Home</em>: New Arabic Poems in Translation
Books

Edward Said: Writing in the Service of Life 

9 OCTOBER 2023 • By Layla AlAmmar
Edward Said: Writing in the Service of Life 
Essays

The Vanishing of the Public Intellectual

1 OCTOBER 2023 • By Moustafa Bayoumi
The Vanishing of the Public Intellectual
Essays

Alaa Abd El-Fattah: Political Prisoner and Public Intellectual

1 OCTOBER 2023 • By Yasmine El Rashidi
Alaa Abd El-Fattah: Political Prisoner and Public Intellectual
Book Reviews

The Mystery of Enayat al-Zayyat in Iman Mersal’s Tour de Force

25 SEPTEMBER 2023 • By Selma Dabbagh
The Mystery of Enayat al-Zayyat in Iman Mersal’s Tour de Force
Amazigh

World Picks: Festival Arabesques in Montpellier

4 SEPTEMBER 2023 • By TMR
World Picks: Festival Arabesques in Montpellier
Fiction

“A Dog in the Woods”—a short story by Malu Halasa

3 SEPTEMBER 2023 • By Malu Halasa
“A Dog in the Woods”—a short story by Malu Halasa
Essays

They and I, in Budapest

3 SEPTEMBER 2023 • By Nadine Yasser
They and I, in Budapest
Essays

A Day in the Life of a Saturday Market Trawler in Cairo

3 SEPTEMBER 2023 • By Karoline Kamel, Rana Asfour
A Day in the Life of a Saturday Market Trawler in Cairo
Columns

Open Letter: On Being Palestinian and Publishing Poetry in the US

21 AUGUST 2023 • By Ahmad Almallah
Open Letter: On Being Palestinian and Publishing Poetry in the US
Opinion

The Middle East is Once Again West Asia

14 AUGUST 2023 • By Chas Freeman, Jr.
The Middle East is Once Again West Asia
Books

Books That Will Chase me in the Afterlife

14 AUGUST 2023 • By Mohammad Rabie
Books That Will Chase me in the Afterlife
Book Reviews

Arab American Teens Come of Age in Nayra and the Djinn

31 JULY 2023 • By Katie Logan
Arab American Teens Come of Age in <em>Nayra and the Djinn</em>
Theatre

Jenin’s Freedom Theatre Survives Another Assault

24 JULY 2023 • By Hadani Ditmars
Jenin’s Freedom Theatre Survives Another Assault
A Day in the Life

A Day in the Life: Cairo

24 JULY 2023 • By Sarah Eltantawi
A Day in the Life: Cairo
Cities

In Shahrazad’s Hammam—fiction by Ahmed Awadalla

2 JULY 2023 • By Ahmed Awadalla
In Shahrazad’s Hammam—fiction by Ahmed Awadalla
Fiction

Abortion Tale: On Our Ground

2 JULY 2023 • By Ghadeer Ahmed, Hala Kamal
Abortion Tale: On Our Ground
Fiction

Genesis and East Cairo—fiction from Shady Lewis Botros

2 JULY 2023 • By Shady Lewis Botros, Salma Moustafa Khalil
Genesis and East Cairo—fiction from Shady Lewis Botros
Book Reviews

Youssef Rakha Practices Literary Deception in Emissaries

19 JUNE 2023 • By Zein El-Amine
Youssef Rakha Practices Literary Deception in <em>Emissaries</em>
TMR Interviews

The Markaz Review Interview—Leila Aboulela, Writing Sudan

29 MAY 2023 • By Yasmine Motawy
The Markaz Review Interview—Leila Aboulela, Writing Sudan
Books

Cruising the Abu Dhabi International Book Fair

29 MAY 2023 • By Rana Asfour
Cruising the Abu Dhabi International Book Fair
Islam

From Pawns to Global Powers: Middle East Nations Strike Back

29 MAY 2023 • By Chas Freeman, Jr.
From Pawns to Global Powers: Middle East Nations Strike Back
Book Reviews

Radius Recounts a History of Sexual Assault in Tahrir Square

15 MAY 2023 • By Sally AlHaq
<em>Radius</em> Recounts a History of Sexual Assault in Tahrir Square
Book Reviews

A Debut Novel, Between Two Moons, is set in “Arabland” Brooklyn

15 MAY 2023 • By R.P. Finch
A Debut Novel, <em>Between Two Moons</em>, is set in “Arabland” Brooklyn
Cities

In Luxor, Egypt Projects Renewed Tourism Economy

10 APRIL 2023 • By William Carruthers
In Luxor, Egypt Projects Renewed Tourism Economy
Fiction

“The Stranger”—a Short Story by Hany Ali Said

2 APRIL 2023 • By Hany Ali Said, Ibrahim Fawzy
“The Stranger”—a Short Story by Hany Ali Said
Arabic

The Politics of Wishful Thinking: Deena Mohamed’s Shubeik Lubeik

13 MARCH 2023 • By Katie Logan
The Politics of Wishful Thinking: Deena Mohamed’s <em>Shubeik Lubeik</em>
Fiction

“Raise Your Head High”—new fiction from Leila Aboulela

5 MARCH 2023 • By Leila Aboulela
“Raise Your Head High”—new fiction from Leila Aboulela
Cities

The Odyssey That Forged a Stronger Athenian

5 MARCH 2023 • By Iason Athanasiadis
The Odyssey That Forged a Stronger Athenian
Cities

Coming of Age in a Revolution

5 MARCH 2023 • By Lushik Lotus Lee
Coming of Age in a Revolution
TMR Interviews

The Markaz Review Interview—Ayad Akhtar

5 FEBRUARY 2023 • By Jordan Elgrably
The Markaz Review Interview—Ayad Akhtar
Essays

Conflict and Freedom in Palestine, a Trip Down Memory Lane

15 DECEMBER 2022 • By Eman Quotah
Art

Art World Picks: Albraehe, Kerem Yavuz, Zeghidour, Amer & Tatah

12 DECEMBER 2022 • By TMR
Film

The Chess Moves of Tarik Saleh’s Spy Thriller, Boy From Heaven

15 NOVEMBER 2022 • By Karim Goury
The Chess Moves of Tarik Saleh’s Spy Thriller, <em>Boy From Heaven</em>
Essays

Stadiums, Ghosts & Games—Football’s International Intrigue

15 NOVEMBER 2022 • By Francisco Letelier
Stadiums, Ghosts & Games—Football’s International Intrigue
Essays

Nawal El-Saadawi, a Heroine in Prison

15 OCTOBER 2022 • By Ibrahim Fawzy
Nawal El-Saadawi, a Heroine in Prison
Book Reviews

Cassette Tapes Once Captured Egypt’s Popular Culture

10 OCTOBER 2022 • By Mariam Elnozahy
Cassette Tapes Once Captured Egypt’s Popular Culture
Book Reviews

The Egyptian Revolution and “The Republic of False Truths”

26 SEPTEMBER 2022 • By Aimee Dassa Kligman
The Egyptian Revolution and “The Republic of False Truths”
Centerpiece

“What Are You Doing in Berlin?”—a short story by Ahmed Awny

15 SEPTEMBER 2022 • By Ahmed Awny, Rana Asfour
“What Are You Doing in Berlin?”—a short story by Ahmed Awny
Fiction

“Another German”—a short story by Ahmed Awadalla

15 SEPTEMBER 2022 • By Ahmed Awadalla
“Another German”—a short story by Ahmed Awadalla
Art

My Berlin Triptych: On Museums and Restitution

15 SEPTEMBER 2022 • By Viola Shafik
My Berlin Triptych: On Museums and Restitution
Essays

Kairo Koshary, Berlin’s Egyptian Food Truck

15 SEPTEMBER 2022 • By Mohamed Radwan
Kairo Koshary, Berlin’s Egyptian Food Truck
Essays

Exile, Music, Hope & Nostalgia Among Berlin’s Arab Immigrants

15 SEPTEMBER 2022 • By Diana Abbani
Exile, Music, Hope & Nostalgia Among Berlin’s Arab Immigrants
Opinion

Attack on Salman Rushdie is Shocking Tip of the Iceberg

15 AUGUST 2022 • By Jordan Elgrably
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Editorial

Editorial: Is the World Driving Us Mad?

15 JULY 2022 • By TMR
Editorial: Is the World Driving Us Mad?
Book Reviews

Poetry as a Form of Madness—Review of a Friendship

15 JULY 2022 • By Youssef Rakha
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Book Reviews

Alaa Abd El-Fattah—the Revolutionary el-Sissi Fears Most?

11 JULY 2022 • By Fouad Mami
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Book Reviews

Traps and Shadows in Noor Naga’s Egypt Novel

20 JUNE 2022 • By Ahmed Naji
Traps and Shadows in Noor Naga’s Egypt Novel
Fiction

“Godshow.com”—a short story by Ahmed Naji

15 JUNE 2022 • By Ahmed Naji, Rana Asfour
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Fiction

“The Suffering Mother of the Whole World”—a story by Amany Kamal Eldin

15 JUNE 2022 • By Amany Kamal Eldin
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Art

Book Review: “The Go-Between” by Osman Yousefzada

13 JUNE 2022 • By Hannah Fox
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Book Reviews

Fragmented Love in Alison Glick’s “The Other End of the Sea”

16 MAY 2022 • By Nora Lester Murad
Fragmented Love in Alison Glick’s “The Other End of the Sea”
Book Reviews

Siena and Her Art Soothe a Writer’s Grieving Soul

25 APRIL 2022 • By Rana Asfour
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Book Reviews

Egyptian Comedic Novel Captures Dark Tale of Bedouin Migrants

18 APRIL 2022 • By Saliha Haddad
Egyptian Comedic Novel Captures Dark Tale of Bedouin Migrants
Film

“Breaking Bread, Building Bridges”: a Film Review

15 APRIL 2022 • By Mischa Geracoulis
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Book Reviews

Mohamed Metwalli’s “A Song by the Aegean Sea” Reviewed

28 MARCH 2022 • By Sherine Elbanhawy
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Essays

The Alexandrian: Life and Death in L.A.

15 FEBRUARY 2022 • By Noreen Moustafa
The Alexandrian: Life and Death in L.A.
Film

“The Translator” Brings the Syrian Dilemma to the Big Screen

7 FEBRUARY 2022 • By Jordan Elgrably
“The Translator” Brings the Syrian Dilemma to the Big Screen
Book Reviews

Arabic and Latin, Cosmopolitan Languages of the Premodern Mediterranean and its Hinterlands

24 JANUARY 2022 • By Justin Stearns
Arabic and Latin, Cosmopolitan Languages of the Premodern Mediterranean and its Hinterlands
Art & Photography

Mapping an Escape from Cairo’s Hyperreality through informal Instagram archives

24 JANUARY 2022 • By Yahia Dabbous
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Essays

Taming the Immigrant: Musings of a Writer in Exile

15 JANUARY 2022 • By Ahmed Naji, Rana Asfour
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Fiction

“Turkish Delights”—fiction from Omar Foda

15 DECEMBER 2021 • By Omar Foda
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Columns

Sudden Journeys: The Villa Salameh Bequest

29 NOVEMBER 2021 • By Jenine Abboushi
Sudden Journeys: The Villa Salameh Bequest
Essays

Syria Through British Eyes

29 NOVEMBER 2021 • By Rana Haddad
Syria Through British Eyes
Book Reviews

The Vanishing: Are Arab Christians an Endangered Minority?

15 NOVEMBER 2021 • By Hadani Ditmars
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Featured excerpt

Prison Letters From a Free Spirit on Slow Death Row

15 OCTOBER 2021 • By Tiyo Attallah Salah-El
Prison Letters From a Free Spirit on Slow Death Row
Essays

The Complexity of Belonging: Reflections of a Female Copt

15 SEPTEMBER 2021 • By Nevine Abraham
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Latest Reviews

Shelf Life: The Irreverent Nadia Wassef

15 SEPTEMBER 2021 • By Sherine Elbanhawy
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Fiction

“The Location of the Soul According to Benyamin Alhadeff”—a story by Nektaria Anastasiadou

15 SEPTEMBER 2021 • By Nektaria Anastasiadou
“The Location of the Soul According to Benyamin Alhadeff”—a story by Nektaria Anastasiadou
Weekly

Reading Egypt from the Outside In, Youssef Rakha’s “Baraa and Zaman”

24 AUGUST 2021 • By Sherifa Zuhur
Reading Egypt from the Outside In, Youssef Rakha’s “Baraa and Zaman”
Editorial

Why COMIX? An Emerging Medium of Writing the Middle East and North Africa

15 AUGUST 2021 • By Aomar Boum
Why COMIX? An Emerging Medium of Writing the Middle East and North Africa
Latest Reviews

Rebellion Resurrected: The Will of Youth Against History

15 AUGUST 2021 • By George Jad Khoury
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Latest Reviews

Women Comic Artists, from Afghanistan to Morocco

15 AUGUST 2021 • By Sherine Hamdy
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Book Reviews

Egypt Dreams of Revolution, a Review of “Slipping”

8 AUGUST 2021 • By Farah Abdessamad
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Essays

Making a Film in Gaza

14 JULY 2021 • By Elana Golden
Making a Film in Gaza
Weekly

The Unfinished Presidency of Jimmy Carter

4 JULY 2021 • By Maryam Zar
The Unfinished Presidency of Jimmy Carter
Fiction

“Pakistani Bureaucrats & The Booze Permit”—a story by Tariq Mehmood

14 JUNE 2021 • By Tariq Mehmood
“Pakistani Bureaucrats & The Booze Permit”—a story by Tariq Mehmood
Weekly

Midnight in Cairo: The Divas of Egypt’s Roaring 20s

16 MAY 2021 • By Selma Dabbagh
Midnight in Cairo: The Divas of Egypt’s Roaring 20s
Art & Photography

Walls, Graffiti and Youth Culture in Egypt, Libya & Tunisia

14 MAY 2021 • By Claudia Wiens
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Essays

The Bathing Partition

14 MAY 2021 • By Sheana Ochoa
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Essays

Is Tel Aviv’s Neve Tzedek, Too, Occupied Territory?

14 MAY 2021 • By Taylor Miller, TMR
Is Tel Aviv’s Neve Tzedek, Too, Occupied Territory?
TMR 6 • Revolutions

Revolution in Art, a review of “Reflections” at the British Museum

14 FEBRUARY 2021 • By Malu Halasa
Revolution in Art, a review of “Reflections” at the British Museum
TMR 6 • Revolutions

The Revolution Sees its Shadow 10 Years Later

14 FEBRUARY 2021 • By Mischa Geracoulis
The Revolution Sees its Shadow 10 Years Later
Weekly

Cairo 1941: Excerpt from “A Land Like You”

27 DECEMBER 2020 • By TMR
Cairo 1941: Excerpt from “A Land Like You”
Book Reviews

Egypt—Abandoned but not Forgotten

4 OCTOBER 2020 • By Ella Shohat
Egypt—Abandoned but not Forgotten
World Picks

World Art, Music & Zoom Beat the Pandemic Blues

28 SEPTEMBER 2020 • By Malu Halasa
World Art, Music & Zoom Beat the Pandemic Blues

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