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La chanteuse-compositrice Amel Zen et le groupe Iwal choisissent d’écrire et d’interpréter leurs chansons dans leurs langues maternelles amazighs, le dahri et le chaoui. Ces artistes talentueux rendent à l’Algérie toute sa diversité culturelle et linguistique.
L’artiste pop rock et de musique du monde, autrice-compositrice-interprète Amel Zen, tisse son art à travers plusieurs langues, naviguant avec aisance entre les registres et fusionnant héritage et sonorités contemporaines. Son univers musical est à la fois éclectique et universel, mêlant rock fusion, jazz et les riches influences des traditions musicales nord-africaines et occidentales.
Parmi les langues qu’elle cultive, le dahri, une variante du tamazight parlée dans la région du Dahra, occupe une place profondément intime. Pour Amel, chanter en dahri n’est pas seulement un choix : c’est une expression naturelle et instinctive de son être intérieur.
À l’est du pays, dans les Aurès, est né le groupe Iwal. Le duo est formé par Nesrine et Fayssal, partenaires dans la vie comme sur scène. Ensemble, ils composent et chantent principalement en chaoui, langue maternelle de Fayssal. Leur projet artistique, profondément personnel, fait de la langue un espace de transmission, de réparation et d’affirmation.
Ces jeunes artistes choisissent de porter des langues souvent qualifiées de « minoritaires » ils continuent à chanter en dahri ou en chaoui, alors que ces idiomes restent peu enseignés, peu diffusés et marginalisés. Pour eux, ces langues ne sont pas des reliques périphériques, ce sont les langues originelles, celles de leurs racines, de leur histoire et de leur héritage.
Le dahri, une langue peu connue
Les premiers souvenirs d’Amel Zen sont indissociables d’une langue et d’un lieu. Enfant, chaque week-end, elle quittait Cherchell pour rejoindre sa grand-mère paternelle, Nana, à Gouraya en Algérie. Là-bas, le dahri était vivant, naturel et palpable.
« Ma Nana ne parlait pas un mot de darija ni d’arabe, uniquement le dahri, et je la comprenais instinctivement », raconte-t-elle. Une transmission douce et intime. « Elle parlait à mon cœur, à mon âme, autour de ce kanoun qu’elle allumait chaque hiver, en me racontant des histoires et en me faisant des câlins. »

Chez Nana, le corps retrouvait lui aussi sa liberté. « Dès que j’arrivais, je me mettais pieds nus », se souvient Amel Zen, un geste instinctif qui la reliait à la terre et aux enfants du quartier. « Les enfants avec qui je jouais parlaient aussi en dahri et j’ai appris la langue avec eux. »
Avec le temps, ce lien intime devient une conscience plus large. Car le dahri reste encore marginal dans les récits dominants. « Je chante dans une variante du tamazight de la région du Dahra, que j’aime appeler le dahri », explique-t-elle.
Le choix de cette dénomination n’est pas anodin : « Plusieurs noms ont été attribués à cette variante, “tachanwit” au mont Chenoua, “taqvaylit” à Gouraya et ses alentours. Mais le Dahra est beaucoup plus vaste : il s’étend des hauteurs de Blida, Tipaza, Cherchell, Gouraya, Ain Defla, et Chlef jusqu’à Mostaganem. D’où la nécessité d’inclure tout le monde sous la dénomination géographique du Dahra, ce qui n’exclut personne, comme le kabyle pour la Kabylie. »
Pour Amel Zen, le dahri est bien plus qu’une langue chantée. « C’est ma langue maternelle, mon héritage, une grande partie de ma culture et de l’histoire algérienne et nord-africaine encore trop peu connue. » Elle y retrouve des valeurs fondatrices : « La liberté et l’honneur, le rapport à la terre, à la famille, à l’humanité ». Des valeurs qu’elle continue de porter et de faire vivre à travers sa création.

Une langue reléguée à la marge
Comme beaucoup de variantes amazighs, le dahri a longtemps été relégué à la marge. « Le dahri est resté loin des récits dominants et officiels. Après, il faut avouer qu’il n’y a pas eu beaucoup de production dans cette langue, à l’exception du groupe Ichenwiyen dans les années 70-80, qui avait marqué son temps et porté la langue et le style du Daynane. Il y avait aussi le groupe Iyourayen à Gouraya, qui a eu un succès local au niveau de la ville de Gouraya. Aujourd’hui, il y a des jeunes artistes qui chantent dans cette langue, mais qui n’ont pas les moyens de produire, ni les ressources nécessaires”, constate Amel Zen.
La visibilité publique reste récente. Il faudra attendre 2009 et la création de la chaîne nationale amazigh (chaîne 4) pour que le dahri apparaisse à la télévision. Amel Zen en fut témoin de l’intérieur, lors de la phase expérimentale : « J’ai animé la toute première émission musicale, Thimlilith, en duo avec le célèbre animateur Riad Aberkane ».
Mais la reconnaissance reste fragile : « Le dahri n’est pas assez présent dans les festivals nationaux en tant que style à part entière, contrairement au kabyle, au chaoui ou au targui ».
Très tôt, Amel Zen prend conscience que la langue est aussi un enjeu politique et identitaire. Elle se souvient des discours méprisants qui l’ont marquée : « Enfant, j’entendais des récits dominants chez certains citadins qui dénigraient le tamazight en expliquant que les Amazighs étaient des montagnards non civilisés et que c’étaient les familles descendantes des Turcs qui étaient les nobles de la ville ». Une vision que l’artiste a rejetée très jeune. « Cela me mettait hors de moi, et je continuais à m’exprimer davantage et à me mettre en avant pour leur prouver le contraire, car je trouvais cela injuste, infondé et ségrégationniste. Petite, je savais déjà que je devais être la meilleure dans tout pour leur prouver le contraire : qu’être amazigh, c’est être libre, forte, intelligente et civilisée », affirme-t-elle.
Pour elle, l’amazighité est synonyme de dignité et de continuité historique : « Nous étions là avant les Romains, les Turcs et les Arabes. Nous ne sommes pas la minorité qu’on veut nous faire croire. Nous sommes une majorité qui a longuement été réprimée et ignorée ».
Cette histoire de répression est aussi une histoire de luttes et de sacrifices. Amel Zen tient à le rappeler : « Il a fallu de grands sacrifices, comme le Printemps berbère du 20 avril 1980 et le Printemps noir en 2001, portés par la Kabylie au prix du sang, avec un militantisme sans faille, pour que le tamazight devienne une langue nationale en 2002, puis officielle en 2016 ».
Mais cette reconnaissance reste, selon elle, largement symbolique. « Elle n’est pas tout à fait effective, car la langue amazigh n’est toujours pas enseignée de manière généralisée sur le territoire national et l’on ne produit pas encore suffisamment dans cette langue », déplore-t-elle.
C’est précisément face à ce constat qu’un choix s’impose à elle comme une évidence :
« En grandissant, j’ai compris que porter cette langue serait l’une de mes missions essentielles : créer dans cette langue, pour cette langue, la faire rayonner chaque fois que l’occasion se présente ».
Créer en dahri, réparer et transmettre
Produire en dahri relève pour Amel Zen d’un alignement intime autant que d’un engagement individuel et collectif. « Produire en dahri, c’est d’abord être en phase avec son être profond », explique-t-elle. Un geste qui dépasse largement la sphère personnelle : « C’est aussi protéger une langue amazigh ancestrale, partie intégrante de l’histoire et de la culture algérienne et nord-africaine ». Chanter en dahri, c’est dire ce que cette langue porte et raconte. « C’est chanter la terre, l’amour, la liberté, l’histoire et la culture d’un peuple ancré dans ses racines et ouvert sur le monde », affirme-t-elle. Une langue qu’elle fait vivre à travers ses titres, devenus autant de fragments de mémoire et de transmission.
À travers Yelis Iyourayen (la petite fille de Gouraya), mais aussi Heqantarine, Dada, ou Abendou, Amel Zen inscrit le dahri dans le présent. « Je continuerai à porter cette langue avec fierté, comme un devoir générationnel et pour la pérennité », confie-t-elle.
Créer dans cette langue, c’est transmettre une culture vivante et porter la cause amazigh jusqu’à ce qu’elle retrouve sa juste place. Pour Amel Zen, cette reconnaissance est indispensable pour « qu’il y ait une réelle réconciliation avec notre histoire et notre identité, de manière effective et non folklorique ».
Cette démarche prend une dimension particulière lorsqu’elle interprète le Daynane, un style musical indigène largement méconnu. Traditionnellement associé aux moments charnières de la vie sociale (naissances, mariages, deuils, etc.), le Daynane est aussi un espace rare d’expression de l’intime, de l’amour et du désir.
En se le réappropriant, Amel Zen le remet en circulation. « Chanter en dahri et interpréter le Daynane, en étant la première femme de la région à le faire, est pour moi un honneur et une fierté », confie-t-elle. Une mission également : « Porter la voix des femmes, gardiennes du temple amazigh, qui font vivre cette culture et la transmettent dans l’ombre, tout en restant encore trop souvent invisibilisées ».
Son travail autour des archives, notamment dans le cadre du projet Mirath, porté par le Goethe-Institut à Amman et en Algérie, s’inscrit dans cette continuité. « Cette expérience autour de l’archive sonore consistait à partir d’un extrait du Daynane du groupe Ichenwiyen pour le faire dialoguer avec une voix féminine contemporaine, la mienne ». C’est dans ce sens qu’elle reprend Sajrat Ulili, un enregistrement emblématique des années 1970 du groupe Ichenwiyen, et y superpose sa voix à celles de ses aînés. Elle y injecte des textures électro-pop, des instruments contemporains, et fait naître un dialogue entre générations.
Traditionnellement chanté séparément par les hommes et les femmes, le Daynane prend ici une forme nouvelle. « L’idée était de contribuer à briser le tabou entourant le Daynane à travers la mixité, et de le faire revivre de manière contemporaine. Pour moi, le patrimoine ne se limite pas à l’ancien : il est aussi ce que nous créons aujourd’hui et ce qui deviendra l’héritage de demain ».
Lorsqu’elle chante, Amel Zen ne choisit pas son public : « Je m’adresse aux Algériens, aux nord-africains et au monde ». À celles et ceux qui comprennent la langue comme à ceux qui en ressentent simplement l’émotion. « Je traduis mes textes quand je peux. Je porte la mémoire d’un peuple et je la transmets de manière universelle ».
« Toutes les langues que je parle font partie de moi. Elles cohabitent naturellement en moi », résume Amel Zen. La création, dit-elle encore, ne choisit pas sa langue par stratégie : « C’est la langue qui vient à moi. Ce n’est pas moi qui vais la chercher. »
Naviguant entre plusieurs langues, elle laisse l’émotion guider son choix. Car si chaque langue raconte une histoire, le dahri porte une mémoire encore trop peu entendue. Chanter en amazigh, c’est alors pour elle « lutter contre l’effacement culturel et l’uniformisation linguistique », et rappeler que la musique peut être un puissant outil de préservation et de réconciliation.
IWAL : réparer l’intériorisation
Tout comme Amel Zen fait revivre le dahri, Nesrine et Fayssal du groupe IWAL réparent la mémoire du chaoui et explorent ce que chanter dans leur langue maternelle signifie pour leur identité et leur communauté.
Ce combat pour la langue maternelle ne se mène pas seul. Chez IWAL, il se joue à l’unisson. Pour Nesrine et Fayssal, partenaires de vie comme sur scène, le chaoui est la colonne vertébrale d’un projet de vie. Le combat pour la langue maternelle s’inscrit dans une histoire familiale, intime, parfois contradictoire, faite de transmissions fragmentées, de silences protecteurs et de reconquêtes tardives.

Pour Fayssal, le chaoui est d’abord une langue à géographie variable. Elle n’est pas celle du quotidien urbain, mais celle du retour. Bien que ses parents aient quitté les Aurès alors qu’il n’avait qu’un an pour s’installer à Biskra, la langue chaouie n’a jamais disparu de leur foyer : elle circulait entre eux, comme un code discret. Ses parents lui parlaient en darija, un choix qu’il comprend aujourd’hui comme une forme de protection. « Pour éviter le complexe d’infériorité, pour mieux s’intégrer à la ville », explique-t-il.
Mais chaque week-end venait défaire cette stratégie. Le retour à Tkout, son village natal, marquait aussi le retour du chaoui. Là-bas, la langue reprenait ses droits, portée par les grands-parents et les tantes, véritables « gardiens du temple », qui exigeaient qu’il la parle, le taquinaient lorsqu’il hésitait, et veillaient à ce que le fil ne se rompe jamais.
Ses premiers souvenirs linguistiques sont aussi des souvenirs sonores : des berceuses, des contes, des mélodies ancestrales qui nourrissent encore aujourd’hui son imaginaire musical.
Chez Nesrine, le rapport à la langue est plus heurté. D’origine kabyle, elle grandit dans une famille où la transmission a été largement interrompue. Du côté paternel, ni la langue ni la culture n’ont été conservées. C’est sa mère qui lui fait entendre le kabyle à travers des berceuses. Mais longtemps, cette langue reste à l’arrière-plan, sans statut, sans importance. Jusqu’à l’université.
C’est là qu’elle rencontre Fayssal. Et avec lui, le chaoui. D’abord par la musique, ensuite par l’histoire. Peu à peu, elle comprend que cette langue qu’elle percevait comme étrangère porte une civilisation entière. « Une manière d’être et d’exister », dit-elle aujourd’hui. Une identité à part entière.
Cette prise de conscience s’accompagne d’un retour critique sur son enfance. Nesrine raconte une réalité brutale, largement partagée dans les années 1990 : le mépris intériorisé. « Je me rappelle, quand j’étais gamine et ignorante, on avait des voisins qui parlaient berbère. Bien que ma mère parlait kabyle, ma grand-mère et mes tantes paternelles se moquaient des berbérophones et attisaient en nous, les enfants, cette haine de l’autre qui n’était pas “arabe”. » La frontière était nette : d’un côté, les berbérophones venus du douar, perçus comme ignorants ; de l’autre, les citadins supposément modernes. « J’ai honte d’avoir été comme ça, même enfant », confie-t-elle.
Pour Fayssal, la conscience politique de la langue est plus précoce. Elle est héritée. Sa famille paternelle a toujours été engagée dans la lutte culturelle et identitaire des Aurès. Son oncle, fondateur de l’association Tamussni (« Le savoir ») à l’université de Batna, première structure militante pour la reconnaissance du chaoui, a joué un rôle décisif. De cette association naîtra le MCA, qui fédérera toute une région dans les années 1980–1990. Parolier pour plusieurs chanteurs chaouis, son oncle incarne pour Fayssal la figure du passeur. « Ma conscience identitaire est le fruit direct de cet héritage », affirme-t-il.
Dans cette continuité, IWAL choisit de chanter en chaoui non pas par calcul esthétique, encore moins par folklorisme, mais par nécessité. La musique est pour eux un outil de transmission : elle permet d’entrer dans la langue par l’émotion, d’en apprivoiser la phonétique avant même d’en comprendre le sens. Certains mots, certaines situations, certaines images ne peuvent se dire qu’en chaoui, qui devient alors la seule langue possible pour raconter la culture chaouie de l’intérieur. « Une langue véhicule avec elle tout un mode de pensée, elle porte en elle une histoire, une civilisation. On ne peut pas parler des langues amazighs sans parler du peuple amazigh », expliquent-ils. « Nos ancêtres avaient une civilisation à part entière : une langue, une écriture, des croyances, un système d’ordre social… Tout ce qui faisait une civilisation. Mais ils n’étaient pas considérés comme tels parce qu’ils étaient pacifiques et ne rêvaient pas de conquêtes. Ils ont subi maintes invasions, maintes tentatives d’effacement, mais la culture et les langues amazighs sont toujours là. Aujourd’hui encore, nous continuons à résister et à dire que nous sommes toujours là. »
Le choix de la langue est aussi politique : la présence de la darija dans le terroir chaoui, par exemple, résulte d’une histoire coloniale violente. « Beaucoup ne le savent pas, mais le fait que, dans le terroir chaoui, il existe des chansons en darija est dû à des raisons historiques qui remontent au colonialisme français. Pour détruire tout ce qu’était la culture chaouie et la langue, il y a eu la création des bureaux arabes, qui imposent l’arabe et combattaient les coutumes païennes. Ensuite, il y a eu les amendes punitives visant à faire taire les chants chaouis glorifiant les bandits d’honneur, dans le but de briser l’imaginaire de résistance dans les Aurès », explique Fayssal.
Sur scène, identité personnelle et identité artistique se confondent. IWAL est une prolongation d’eux-mêmes. Chanter en chaoui, c’est honorer l’histoire, la mémoire et ceux qui ont résisté avant eux. Certaines chansons cristallisent cette démarche : Hmed (Chacha), adaptation d’un morceau de Markunda Aurès, est une madeleine collective, un souvenir d’enfance devenu hymne. Hamghart, titre éponyme de leur album, convoque l’ancêtre, figure de la terre et de l’histoire, pour interroger le désarroi contemporain et l’effacement culturel.
Leur rapport au public dépasse largement la communauté chaouie : ils traduisent, racontent les chansons, adaptent certains textes en français pour ne pas exclure. L’objectif : sortir la culture chaouie du carcan folklorique et la faire exister comme une matière vivante, contemporaine.
Pour IWAL, la chanson est une mémoire indestructible. On peut censurer, marginaliser ou folkloriser, mais on ne peut pas faire taire une langue qui chante. Comme d’autres langues autochtones à travers le monde, le chaoui a résisté par la musique : tant qu’il y aura des voix pour le porter, il restera une force vive, indocile, irréductible.
IWAL envisage l’avenir de la langue chaouie avec lucidité et ambition. « Ce qui est sûr, c’est que dans l’espace médiatique, elle aura toujours sa place en tant qu’objet d’exposition folklorique momentané. Mais pour qu’elle devienne une langue considérée, une matière vivante en mouvement sur laquelle on se penche sérieusement, cela ne fait pas partie de la politique actuelle et cela vaut pour la plupart, si ce n’est toutes, des langues amazighs dans notre pays », explique le groupe.
Pour l’avenir, IWAL élargit encore cette démarche : « Nous travaillons sur un album et un spectacle pour enfants, dans lequel il y aura des chansons en chaoui, en darija et en français. Essentiellement des compositions originales, qui nous sont venues spontanément dans les trois langues… des chansons que nous devons à notre fille, qui nous a inspirés », partage Nesrine.
Langue maternelle : refuge ou blessure ?
Au fil de leurs parcours et de leurs créations, Amel Zen et IWAL nous rappellent que le tamazight et ses variantes ne sont pas de simples vestiges du passé ou des curiosités régionales : ce sont des langues vivantes, porteuses d’Histoire, de mémoire et d’identité.
Comme le souligne Amel Zen : « Produire en dahri, c’est aussi protéger une langue amazigh ancestrale, partie intégrante de l’histoire et de la culture algérienne et nord-africaine. Porter le dahri, c’est transmettre une culture et un héritage aux générations futures. C’est porter la cause amazigh et continuer à la revendiquer jusqu’à ce qu’elle retrouve sa véritable place dans les récits et les politiques dominants, pour qu’il y ait une réelle réconciliation avec notre histoire et notre identité, de manière effective et non folklorique. »
De leur côté, IWAL affirment : « Notre engagement est une forme de résistance qui s’inscrit dans la continuité d’un éveil culturel et artistique, une reprise de conscience identitaire dans les Aurès que des pionniers de la musique moderne chaouie ont lancée, tels que Dihya, Markunda, Les Berbères… En écrivant et en chantant en chaoui, nous avons ce sentiment de fierté d’abord, et aussi de devoir envers notre histoire passée et notre devenir en tant que chaouis. »
Dans un pays où la reconnaissance officielle ne suffit pas encore à garantir l’égalité culturelle et linguistique, chanter en amazigh devient un geste politique et un pont entre générations. Le tamazight, dans toutes ses variantes, continue de vivre parce qu’il est porté par des voix qui refusent l’effacement et célèbrent la richesse de la diversité linguistique algérienne. Tant que ces voix s’élèveront, elles feront vibrer l’identité d’un peuple et la beauté de sa culture.

