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Alors que la guerre américano-isréalienne contre l’Iran fait rage, TMR a contacté certains de ses contributeurs et leur a posé la même question : que devrions-nous lire ?
Les recommandations de Salar Abdoh

The Long War on Iran: New Events, Old Questions, Behrouz Ghamari, Or Books, 2026
Une histoire concise du long conflit entre l’Iran et les États-Unis. Ghamari soutient que ce combat de longue date ne porte pas uniquement sur des questions récentes comme celles des armes nucléaires, mais qu’il est alimenté par une rivalité géopolitique, les sanctions internationales et des décennies de méfiance entre les deux gouvernements. Il remet également en cause l’image, communément acceptée en Occident, de l’Iran comme dictature monolithique, en soulignant la vitalité et la diversité de la société iranienne. L’ouvrage appelle une compréhension plus nuancée du pays afin de sortir de l’impasse actuelle. À un moment critique où la politique américaine est en pleine refonte, The Long War on Iran nous rappelle à point nommé que, si les États-Unis ne parviennent pas à reconnaître les transformations de l’Iran, les deux nations continueront à faire face à de nouveaux événements conflictuels ― et aux mêmes vieilles questions.

Iran’s Grand Strategy, a Political History, Vali Nasr, Princeton, 2025
S’appuyant sur des mémoires, des témoignages oraux et des entretiens approfondis et inédits avec des décideurs iraniens, Nasr met en lumière des faits et des événements de l’histoire politique de l’Iran qui ont jusqu’à présent été négligés. Il soutient que la politique étrangère de l’Iran est stratégique et pragmatique, et non purement idéologique comme elle est souvent dépeinte en Occident. La vision du monde entretenue par et dans le pays a été façonnée avant tout par le traumatisme de la guerre Iran-Irak, qui a donné naissance à une doctrine de dissuasion et de « patience stratégique ». L’Iran cherche à résister à la pression américaine et à renforcer son influence régionale par le biais d’alliances, de sa diplomatie et d’une certaine ambiguïté quant à ses capacités. L’ouvrage présente les actions de l’Iran comme s’inscrivant dans une stratégie à long terme visant à résister à la domination américaine au Moyen-Orient.

Losing an Enemy: Obama, Iran, and the Triumph of Diplomacy, Trita Parsi, Yale, 2017
Bénéficiant d’un accès privilégié aux deux parties, Parsi retrace les négociations qui ont conduit à l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 (JCPOA). S’appuyant sur des entretiens avec plusieurs diplomates et responsables politiques, il soutient que c’est la diplomatie — plutôt que les sanctions ou la pression militaire — qui a rendu cet accord possible, accomplissant d’un seul coup deux exploits majeurs : écarter la menace d’une guerre avec l’Iran et empêcher la possibilité d’une bombe nucléaire iranienne. Le livre présente cet accord comme un moment rare où les États-Unis et l’Iran ont surmonté des décennies d’hostilité et de méfiance mutuelle, étayant ainsi l’argument central de Parsi selon lequel le dialogue avec l’Iran peut prévenir la guerre et ouvrir la voie à la normalisation.

Children of Paradise: the Struggle for the Soul of Iran, Laura Secor, Riverhead, 2016
Forte de plus d’une décennie d’expérience dans le reportage, la recherche et l’écriture ayant pour l’Iran comme point de mire, Laura Secor propose une histoire intellectuelle iranienne moderne exhaustive, de la révolution de 1979 à nos jours. Elle s’intéresse particulièrement aux écrivains, penseurs, religieux et militants qui ont débattu de ce que l’Iran devait devenir : un État religieux, une démocratie, ou quelque chose entre les deux. À travers une mosaïque de biographies et de récits politiques, Secor montre comment les idées réformistes et les mouvements d’opposition refont surface à maintes reprises malgré une répression persistante. Le thème central du livre s’articule autour de la lutte interne qui se poursuit au sein de la société iranienne, centrée sur les questions de la liberté, de la religion et du pouvoir politique.
Les recommandations d’Azadeh Moaveni

Iran: A Modern History, Abbas Amanat, Yale, 2017
Cette histoire de l’Iran couvre environ cinq siècles, retraçant l’évolution du pays depuis l’avènement de la dynastie safavide dans les années 1500 jusqu’à la Révolution verte de 2009. L’ouvrage s’attache à expliquer les processus historiques à long terme qui ont façonné l’Iran moderne. Amanat soutient que ce dernier ne peut être compris sans examiner l’interaction de longue date entre religion, monarchie, intervention étrangère et identité nationale. En retraçant les tentatives répétées de réforme comme le constitutionnalisme, la modernisation sous les Pahlavi et la révolution islamique, l’ouvrage dévoile les luttes plus profondes pour le pouvoir et l’identité culturelle, révélant une société façonnée par de longues continuités historiques plutôt que par des ruptures révolutionnaires soudaines.

Iran : A Very Short Introduction, Ali M. Ansari, Oxford, 2014
Conçu pour être rapide et accessible, cet ouvrage de 130 pages est un précis d’interprétation concis de l’histoire, de la politique et de l’identité iraniennes. Ansari soutient que l’Iran ne doit pas être compris simplement comme un État moderne, mais comme une civilisation aux mémoires historiques stratifiées, mêlant mythologie, empire, islam et nationalisme. L’ouvrage replace la révolution islamique de 1979 dans le contexte plus large d’un siècle de transformations politiques plutôt que de la considérer comme un événement isolé. Son idée centrale est que la politique iranienne est profondément liée à son identité culturelle complexe et à sa relation ambivalente de longue date avec l’Occident.

In the Rose Garden of the Martyrs: A Memoir of Iran, Christopher de Bellaigue, Harper Perennial, 2016
Empruntant son titre au nom d’un cimetière d’Ispahan où sont enterrés des milliers de soldats morts pendant la guerre Iran-Irak, ce mémoire littéraire et portrait politique de l’Iran moderne est l’œuvre d’un journaliste qui a vécu dans le pays et s’est marié dans une famille iranienne dans les années 2000. À travers ses voyages, ses entretiens et ses rencontres personnelles avec des religieux, des militants, des anciens combattants et des citoyens ordinaires, de Bellaigue dépasse les stéréotypes pour dépeindre une société à la fois dynamique et contrainte par la République islamique. Dans ce récit nuancé, une profonde dévotion religieuse coexiste avec la curiosité, l’humour, la dissidence et la richesse culturelle. Il en résulte un portrait intime de la vie quotidienne dans un pays complexe et mal compris.
Les recommandations de Kamin Mohammadi

How Sanctions Work: Iran and the Impact of Economic Warfare, Narges Bajoghli, Vali Nasr, Djavad Salehi-Isfahani, Ali Vaez, Stanford University Press, 2024
Cet ouvrage examine le statut de l’Iran en tant que pays le plus lourdement sanctionné au monde, il s’interroge sur la capacité de ces mesures à atteindre les objectifs politiques visés. Les auteurs soutiennent que les sanctions économiques généralisées affaiblissent rarement les régimes autoritaires, et qu’au contraire, elles renforcent souvent le pouvoir de l’État, consolident les institutions de sécurité et appauvrissent les citoyens ordinaires. Dans le cas de l’Iran, les sanctions ont simplement permis au gouvernement de consolider son contrôle et ont justifié une posture plus militarisée envers les États-Unis. L’ouvrage conclut par conséquent que les sanctions (en Iran et ailleurs) peuvent involontairement aggraver les conflits plutôt que de servir d’alternative pacifique à la guerre.

Iran Reframed: Anxieties of Power in the Islamic Republic, Narges Bajoghli, Stanford, 2019
Iran Reframed est une exploration anthropologique approfondie des réseaux culturels et médiatiques des forces pro-régime en Iran. Pendant dix ans, Narges Bajoghli a côtoyé des membres de la Garde révolutionnaire iranienne, d’Ansar Hezbollah et des organisations paramilitaires Basiji, afin d’étudier comment leurs productions médiatiques ont été élaborées par des stratégies visant à séduire la jeunesse iranienne, révélant ainsi un régime puissant mais profondément inquiet pour sa survie à long terme.
Les recommandations de TMR
NON-FICTION

Woman Life Freedom: Voices and Art from the Women’s Protest in Iran, sous la direction de Malu Halasa, Saqi Books, 2023
Anthologie percutante qui documente les manifestations menées par les femmes en Iran, déclenchées par la mort de Mahsa Amini en
2022, cet ouvrage capture à la fois l’urgence viscérale et la résistance créative qui se sont déployées à travers le pays. Mêlant témoignages à la première personne, essais, photographies, arts visuels et instantanés culturels, il montre comment les femmes et leurs alliés ont défié les lois restrictives du régime en brûlant leurs foulards, en dévoilant leurs cheveux et en reprenant possession de l’espace public malgré les risques réels d’arrestation ou pire encore. Il met en lumière le rôle de l’art, de la politique du corps, de la mode underground, de la musique et de la culture numérique comme formes de protestation et d’expression dans une société où la dissidence est dangereuse. Ce recueil sert donc à la fois de témoignage historique du mouvement « Femme, Vie, Liberté » et d’hommage au courage, à la défiance et à la vitalité artistique des femmes et des jeunes Iraniens.

Searching for Hassan: A Journey to the Heart of Iran, Terence Ward, Simon & Schuster, 2002
Les mémoires « étonnantes et profondément poignantes » (The Washington Post) d’un homme à la recherche d’un ami cher à sa famille explorent la profondeur de la culture iranienne et l’ampleur de son histoire, et transcendent les gros titres de l’actualité pour nous rappeler l’humanité qui nous lie les uns aux autres.

The Cypress Tree: A Love Letter to Iran, Kamin Mohammadi, Bloomsbury UK, 2011
Un récit autobiographique lyrique sur l’exil, l’identité et la redécouverte de sa patrie. Mohammadi raconte sa fuite d’Iran avec sa famille lors de la révolution islamique de 1979 et son enfance en Grande-Bretagne, où elle a tenté de cacher son identité iranienne pour mieux s’intégrer. Des années plus tard, elle retourne en Iran et commence à redécouvrir l’histoire de sa famille, la culture qu’elle avait rejetée et la réalité complexe du pays au-delà des stéréotypes occidentaux. À travers des récits personnels et une réflexion historique, le livre devient à la fois une saga familiale et une méditation sur la diaspora, l’appartenance et la résilience durable de la culture iranienne.
FICTION

Iran +100: Stories from a Century after the Coup, sous la direction de Fereshteh Ahmadi, Leila Elder et Peter Adrian Behravesh, Comma Press, 2025
En 1953, le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh est destitué après avoir nationalisé l’industrie pétrolière iranienne, qui était alors contrôlée par la britannique Anglo-Iranian Oil Company (plus tard connue sous le nom de BP). Le coup d’État a été soutenu et coordonné par la CIA et le MI6, principalement pour protéger les intérêts pétroliers occidentaux et empêcher l’Iran de se rapprocher de la sphère soviétique pendant la Guerre froide. Iran +100 est un recueil de récits spéculatifs écrits par dix auteurs, qui imaginent différents avenirs pour l’Iran 100 ans après ce coup d’État. Du bouleversement des structures de pouvoir entre les sexes à la pénurie de ressources énergétiques dans un futur ravagé par le soleil, du réalisme magique au rétrofuturisme, tous démontrent comment les luttes anciennes peuvent toujours trouver de nouvelles formes d’expression.

The Persians, Sanam Mahloudji, Scribner, 2025
En dehors de l’Iran, le mot « persan » évoque souvent des images pleines de glamour : richesse, élégance, culture, luxe et sophistication. La réalité est souvent bien plus compliquée. Le roman de Sanam Mahloudji suit plusieurs générations de femmes issues d’une famille aisée, les Valiat, dont la vie bascule après la révolution de 1979, lorsqu’elles sont contraintes d’émigrer aux États-Unis. Lorsque les vacances annuelles de la famille à Aspen tournent mal, les Valiat, réduites à l’état de « moins que rien », se lancent dans une quête pour retrouver la gloire passée de leur famille, tout en faisant le tri dans une vie pleine de conflits, de secrets, de problèmes financiers et de luttes identitaires. Couvrant une période allant de l’Iran des années 1940 aux années 2000, The Persians explore le contraste entre un passé idéalisé et la réalité chaotique de la vie en diaspora.

Liquid: A Love Story, Mariam Rahmani, Algonquin, 2025
Une jeune universitaire irano-américaine anonyme, dont la thèse de doctorat comparait les visions orientale et occidentale du mariage dans le cinéma et la littérature, est coincée dans les marasmes attenant à son poste de professeure associée à Los Angeles. Loin du confort de la classe moyenne que lui promettait le prestige de ses études prestigieuses pour lesquelles elle avait même reçu une bourse, elle devient obsédée par l’idée de trouver un mari riche avant ses 30 ans, convaincue que cela pourrait être la réponse à ses angoisses financières (actifs liquides) et personnelles (identité liquide). S’ensuit un été tourbillonnant, ponctué de rendez-vous galants, jusqu’à ce qu’une tragédie à Téhéran la contraigne à rentrer. Une fois sur place, elle est forcée de faire face aux complexités de sa double existence et tente de concilier les libertés de sa vie aux États-Unis avec la difficile réalité de ses racines.

La Maison des Idris (tome I, 2024) & (tome II, 2025), Ghazaleh Alizadeh, traduit en anglais par M.R. Ghanoonparvar, Syracuse University Press
Cet ouvrage majeur de la littérature persane moderne, publié en deux volumes, est largement considéré comme l’un des romans iraniens les plus importants du XXe siècle. Se déroulant dans la ville imaginaire d’Askhabad (située dans l’actuelle Asie centrale), l’œuvre utilise l’univers d’une famille et de leur demeure ancestrale en ruine comme moyen d’examiner les transformations sociales, la mémoire et l’interaction complexe entre le passé et le présent. L’histoire sarcastique d’Alizadeh, mêlant éléments de comédie noire et de farce, établit un parallèle astucieux avec la révolution islamique en Iran et dresse un portrait intime tant des jeunes idéologues devenus tyrans que des femmes blasées, dont l’espoir de changement s’estompe peu à peu. Cette toute première traduction anglaise de La Maison des Idris, en deux volumes, offre une immersion inoubliable dans la vision d’un écrivain sur les bouleversements et les transformations d’un monde refaçonné par la révolution.

The Nights are Quiet in Tehran (Les Nuits sont calmes à Téhéran), Shida Bazyar, traduit de l’allemand par Ruth Martin, Scribe US 2025
Sélectionné pour le prix Booker International de 2026, ce roman polyphonique sur la fuite et le retour d’une famille en Iran est une exploration émouvante de la révolution, de l’oppression, de la résistance et du désir absolu de liberté. Le roman s’ouvre durant la révolution iranienne de 1979, alors que Behsad est un jeune révolutionnaire communiste activement impliqué dans le changement politique après le départ du Shah, et amoureux de sa camarade militante Nahid. Le roman suit le couple une décennie plus tard, alors qu’il vit en Allemagne de l’Ouest avec leurs deux enfants, après avoir fui l’Iran pour échapper aux persécutions. En 1999, leur fille Laleh retourne avec sa mère à Téhéran pour la première fois. Elle se retrouve face à une ville très différente de celle de ses souvenirs d’enfance, alors qu’elle doit composer avec les attentes culturelles, les secrets de famille et le sentiment étrange d’« être chez soi » sans pour autant y appartenir pleinement. À l’inverse, son frère Mo reste à distance de la politique iranienne. Le roman a été qualifié à la fois de « poétique » et de « riche en émotions », mêlant des histoires personnelles à des contextes sociaux et politiques plus larges, et montrant comment chaque génération aborde différemment l’identité, la mémoire et le déracinement culturel.

Martyr! A Novel, Kaveh Akbar, Vintage, 2024
Cyrus Shams est un jeune poète irano-américain aux prises avec une addiction à la drogue, la dépression et le traumatisme d’avoir perdu ses parents — sa mère a été tuée dans un avion accidentellement abattu par un missile américain au-dessus du golfe Persique, et son père est décédé plus tard, alors qu’il l’élevait aux États-Unis. Lorsque Cyrus devient sobre, il développe une nouvelle addiction : il est obsédé par l’idée des martyres. Un pèlerinage à New York pour rencontrer un artiste iranien en phase terminale lui permet enfin d’explorer son chagrin et sa quête de sens. Le premier roman d’Akbar s’inspire fréquemment de la poésie persane, de motifs spirituels et de l’histoire iranienne, qui nourrissent la compréhension qu’a Cyrus de la souffrance, de la résilience et de la quête de sens, faisant de cette histoire à la fois un récit personnel de passage à l’âge adulte et une réflexion sur l’appartenance culturelle.

Out of Mesopotamia, Salar Abdoh, Akashic Books, 2020
Imaginez que vous vous rendiez en Irak et en Syrie en tant qu’observateur de la guerre contre Daech, et pourtant, très peu de temps après avoir été assez près des roquettes pour sentir l’odeur des explosions et le sol trembler, vous vous retrouvez de retour dans votre vie d’avant, à donner des conférences littéraires dans des librairies chics, dans des villes où règne la paix, ou assistant à des conférences universitaires intellectuelles où personne ne meurt, sauf peut-être des membres du public qui s’ennuient.
C’est cette juxtaposition des deux réalités — l’une sauvage et ridicule, l’autre sensée et prévisible — que Salar Abdoh cherche à explorer dans Out of Mesopotamia. Le roman met en avant l’humanité de ses personnages tout en soulignant l’absurdité de la guerre et des séquelles du colonialisme, en montrant ce qui existait avant et ce qui subsiste après que Sykes et Picot ont divisé la région, comme si l’Europe était propriétaire du monde. — Jessica Proett
Traduit de l’anglais par Marion Beauchamp-Levet
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