Chère Souseh, signé Potelée et Perplexe

Dear Souseh

23 JANUARY 2026 • By Lina Mounzer

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Souseh nous rappelle que notre corps nous permet de recevoir les plaisirs que le monde a à nous offrir. Si nous sommes forcés de le regarder comme un objet, alors c’est nous, dans notre intégralité, qui devenons nous-même objet.

Chère Souseh, 

Je vais avoir 19 ans cette semaine, et j’ai pris la résolution de perdre du poids, mais je me sens vraiment partagée à ce sujet. On m’a dit que j’étais « moche » à cause de mon poids, et on m’a dit que je n’étais « pas assez féminine », comme si mon corps m’empêchait d’une certaine manière d’être considérée comme une vraie femme. J’entends des commentaires comme « tu as un si joli visage, c’est dommage que ton corps soit comme ça », et même si j’essaie d’avoir confiance en moi, ces mots restent gravés dans mon esprit. Ils me donnent l’impression que ma valeur est conditionnelle, que la minceur est le prix à payer pour être respectée, aimée ou même prise au sérieux.

Ce qui rend cela encore plus difficile, c’est que j’ai en réalité une vie sociale très riche. Je suis sociable, j’ai des amis, je pratique différents loisirs et j’aime être active à ma manière. Je ris, je suis présente pour ceux et ce que j’aime, j’essaie de nouvelles choses. Mais malgré tout ça, on me donne constamment l’impression que rien ne compte vraiment à cause de mon poids. C’est comme si tout ce qu’il y avait de bien en moi était éclipsé par l’apparence de mon corps, comme si ma personnalité, mes talents et ma joie passaient après ma taille de pantalon.

Ma mère me soutient et m’encourage constamment à aimer mon corps tel qu’il est. Elle me rappelle que je suis en bonne santé, capable et digne d’être aimée. Je sais qu’elle veut que je grandisse en ayant confiance en moi et en m’acceptant telle que je suis. Pourtant, il est franchement difficile de garder ses mots à l’esprit quand, chaque jour, je suis entourée de corps parfaits, de photos retouchées et de messages qui vantent la minceur comme l’aboutissement ultime sur les réseaux sociaux.

Je reçois sans cesse des messages, explicites ou implicites, qui me disent que la minceur m’apportera bonheur, confiance en moi, un mari et même une carrière réussie. En même temps, en tant qu’Arabe, je suis fascinée par les vieilles photos d’actrices du cinéma classique égyptien, ces femmes qui étaient des symboles de beauté, d’élégance, de féminité et de grâce, même si elles avaient clairement des formes. Elles étaient célébrées, admirées et emblématiques. Quand je les regarde, je ne peux m’empêcher de me demander : qu’est-ce qui a changé ? Quand des corps comme les leurs ont-ils cessé d’être beaux et ont-ils commencé à être contrôlés ? Pourquoi m’apprend-on à détester mon propre corps ?

J’ai besoin de vos conseils : comment protéger l’estime que j’ai de moi dans un monde qui ne cesse de me dire que mon corps est un problème ? Comment décider si changer mon corps est une action que j’entreprends pour prendre soin de moi ou pour m’effacer, et comment puis-je apprendre à m’apprécier maintenant, et pas seulement dans un avenir où plus mince, on me promet que ce sera enfin assez ?

Bien à vous, 

Potelée et Perplexe


Dear Souseh


Chère Potelée et Perplexe, 

J’ai eu les larmes aux yeux en lisant votre lettre, car j’aurais pu écrire exactement la même à 19 ans. Et à 20 ans, et à 22 ans, et n’importe quelle autre année jusqu’à mes 31 ans environ, âge auquel j’ai perdu beaucoup de poids (et où j’ai dû faire face à toute une série de nouveaux problèmes). Cette lettre me touche tellement que j’ai hésité à y répondre, car elle aborde un sujet que j’ai toujours gardé pour moi, ou du moins, que je n’ai jamais ouvertement évoqué ou discuté dans mes écrits publics. Et quand je dis que j’aurais pu écrire la même lettre, je le pense vraiment. Car comme vous, j’étais sociable, active, extravertie, je n’ai jamais manqué d’amis, de loisirs ou d’activités. Comme vous, j’ai été contrainte de supporter les lamentations de pitié pour mon pauvre joli visage, prisonnier de son mariage malheureux avec ce corps bon à rien. J’avais aussi – j’ai toujours – une mère aimante et encourageante qui ne m’a jamais fait sentir que je devrais avoir honte et qui a toujours essayé de m’encourager à m’aimer pour moi-même. Et surtout, j’ai aussi lutté pour m’accrocher à tout encouragement dans le flot de critiques qui m’assaillait de toutes parts, tant sur le plan culturel que social. Je vous parle donc d’une expérience profonde et longue, à cheval sur les deux rives du même problème, ayant vécu à parts égales dans un corps perçu comme « un problème », comme vous l’écrivez, et dans un corps conforme à des normes plus conventionnelles.

Vous posez ici de nombreuses questions, et toutes sont excellentes. Je vais y répondre dans l’ordre, car elles passent de manière assez idéale de l’universel au personnel. Commençons par l’universel. Vous mentionnez les actrices égyptiennes et leurs corps voluptueux, et vous expliquez qu’autrefois, ces corps étaient considérés comme « des symboles de beauté, d’élégance, de féminité et de grâce ». Et vous me demandez : « Qu’est-ce qui a changé ? Quand ces silhouettes ont-elles cessé d’être belles et ont-elles commencé à être contrôlées ? »

La réponse est bien triste et tient en peu de mots : rien n’a changé. Ce que vous décrivez, ce sont les normes de beauté d’une époque et d’un lieu particuliers, et elles étaient tout aussi strictes et impitoyables qu’aujourd’hui. (Il faut également noter que ce qui semble plantureux à nos yeux modernes reste, en fait, assez petit et restrictif, ce qui explique pourquoi le mythe selon lequel Marilyn Monroe était une femme forte selon les normes modernes persiste, ce qui est manifestement faux.) Les actrices dont vous parlez étaient tout autant confinées dans d’étroits paramètres, leurs corps tout autant contrôlés. Qu’une cage vous permette de faire deux pas ou dix, que vous puissiez vous y tenir debout ou seulement accroupie, elle reste une cage.

Je ne suis pas sûre qu’il n’y ait jamais eu un moment dans l’histoire où le corps des femmes n’ait pas été contrôlé d’une manière ou d’une autre, où l’on n’ait pas rappelé aux femmes l’idéal auquel elles ne pouvaient inévitablement pas prétendre. Même — et peut-être surtout — les femmes considérées comme des icônes apprennent à détester leur propre corps. Car un sex-symbol n’est jamais que cela : un symbole, une représentation, une abstraction d’un concept particulier. Et les corps, les vrais corps sont tout sauf abstraits. Parce qu’ils appartiennent à une personne en particulier, dont la forme du corps est influencée par tant de facteurs externes et internes différents. Il y a donc une profonde aberration dans ce qu’on nous demande de faire pour devenir désirables, de façon à nous conformer à une iconographie particulière. On nous demande d’effacer ce qui est particulier à notre corps, de l’abstraire en de simples symboles. Et étant donné que nous disposons désormais des capacités médicales et techniques pour le faire, nous voyons tous ce qui se passe lorsque nous le déconstruisons, en traitant chacune de ses caractéristiques comme un élément distinct qui doit se conformer à l’idéal établie pour cette caractéristique particulière. (Et tout cela en reléguant de côté la question complexe de savoir quelle race établit la norme pour chaque caractéristique, c’est-à-dire quels génotypes sont considérés comme idéaux.)

Le résultat est que nous nous retrouvons face à des corps et des visages qui semblent incongrues et étranges. Mais ce qui est encore plus évident, c’est que nous nous retrouvons avec des corps et des visages qui se ressemblent étrangement. La plupart, voire la totalité, des marqueurs individuels identifiables en ont été effacés. Abstraire un corps du moi qui l’habite est un acte essentiellement déshumanisant. Il s’agit d’un processus de dépersonnalisation imposé par la société, par lequel on se dissocie du plaisir sensoriel qui nous ancrent dans le monde. Lorsqu’on nous demande de percevoir notre corps de l’extérieur, comme une simple image, nous perdons alors l’accès à tout ce qui fait que ce corps est un plaisir à avoir. Notre corps nous permet de recevoir les plaisirs que le monde a à nous offrir. Si nous sommes forcés de le regarder comme un objet, alors c’est nous, dans notre intégralité, qui devenons nous-même objet. Un objet qui n’agit pas, mais sur lequel on agit.

Et nous savons aussi que c’est une contrainte qui pèse principalement sur les femmes. Pourquoi ? Pourquoi nous apprend-on à détester notre propre corps ? Est-ce le patriarcat ? Est-ce la peur de la mort projetée sur les corps biologiquement destinés à donner naissance à la vie ? Est-ce le consumérisme, le capitalisme ? Est-ce la culture ? Est-ce important ? Est-ce important de savoir qui nous apprend à détester notre corps et pourquoi ? Peut-être un peu, dans le sens où la connaissance nous redonne toujours un peu de pouvoir, un peu de contrôle. Mais je sais par expérience que ce n’est pas du tout une consolation. Lorsque toutes nos réalisations sont, comme vous l’écrivez, éclipsées par notre corps, lorsque nous avons l’impression que notre valeur est conditionnelle, lorsque nous entendons des commentaires compatissants destinés à nous montrer à quel point nous sommes dépersonnalisées aux yeux du monde (car comment qualifier la phrase « tu as un si joli visage, si seulement ton corps était différent » sinon comme un rappel que ces deux composantes indissociables de notre personnalité peuvent être séparées l’une de l’autre comme une poupée personnalisable ?). Cela ne nous console guère de nous rappeler comment toute une réalité a été construite pour nous faire nous sentir moindre. En fait, cela ne fait parfois qu’ajouter à un sentiment général de désespoir.

Maintenant que tout cela est clair, passons à vos questions plus personnelles. Comment préserver votre estime de vous dans ce monde qui ne cesse de vous dire que votre corps est un problème ? Comment déterminer si changer votre corps relève d’un acte d’amour-propre ou d’effacement, et comment apprendre à vous apprécier dès maintenant, et pas seulement « dans un avenir où vous serez plus mince » ?

Pour protéger votre estime de vous, vous devez avant tout croire en cette valeur. Et j’ai l’impression que vous êtes déjà bien avancée dans ce processus, bien plus que la plupart des gens. Comment je le sais ? Grâce à la question suivante que vous posez. Changer mon corps est-il une action que j’entreprends pour prendre soin de moi ou pour m’effacer ? J’y entends quelque chose de vraiment beau, quelque chose qui promet d’être un atout inestimable pour vous, tout au long de votre vie : vous êtes votre plus grande défenseuse. Vous vous soutenez vous-même. C’est une question très réfléchie, qui témoigne d’une gentillesse fondamentale envers soi-même. Changer mon corps est-il un acte d’amour-propre ou d’effacement de soi ? Très peu de gens pensent à poser cette question, car très peu de gens pensent à faire la distinction entre les deux. Selon n’importe qui, être en surpoids, c’est nécessairement se détester. Ergo, perdre du poids, c’est s’aimer, peu importe comment on s’y prend, peu importe le coût pour sa santé globale. Mais vous savez, et je sais, que le moteur de ce projet à long terme — en fait, le projet de toute une vie — est quelque chose qui affecte votre santé mentale (et physique) quotidienne. Beaucoup de gens perdent du poids parce qu’ils se détestent. Ou par honte. Ou par colère. Et vous savez quoi ? Je ne vais pas discuter avec eux : leurs motivations ne regardent qu’eux. Et certaines personnes n’y pensent même pas. Elles ne se soucient pas des intentions mais des résultats. Mais le fait que vous vous posiez cette question me montre que l’intention est importante pour vous, que vous souhaitez que la gentillesse et l’amour-propre soient à la base de toute action, et que vous croyez que la nature de la détermination d’une personne est tout aussi importante, sinon plus, que l’objectif.

Et, la seule chose que je peux dire c’est que vous seule pouvez savoir ce qui vous motive : vous seule savez si vous changez votre corps par souci de prendre soin de vous ou par souci de vous effacer. Perdre du poids n’est pas une action isolée, mais un changement complet de votre mode de vie. Vos choix alimentaires, votre niveau d’activité physique, votre hydratation, vos habitudes de sommeil, votre santé mentale, etc. Vous pouvez prendre des GLP-1, consulter un nutritionniste, subir une intervention chirurgicale ou rejoindre un groupe de soutien. Quelle que soit la méthode, ou la combinaison de méthodes, choisie par quelqu’un qui souhaite perdre du poids, cela aura toujours plus ou moins le même aspect vu de l’extérieur. L’entreprise en elle-même n’a donc aucune valeur intrinsèque, morale ou autre. Mais l’intention qui la sous-tend changera certainement l’approche suivie. Prenons l’exemple de la nutrition. Certains programmes nutritionnels sont basés sur le contrôle et la privation. D’autres, comme je l’ai appris par des nutritionnistes que j’aime bien suivre en ligne, sont basés sur une philosophie qui consiste à réfléchir à ce que vous pouvez ajouter à un repas pour le rendre plus équilibré, et non à ce que vous devez en retirer. Ainsi, si vous avez envie de frites, la première approche vous dira sans doute d’en manger une poignée et de vous arrêter là, tandis que la seconde vous dira peut-être de manger une poignée de chips, mais d’y ajouter des haricots, par exemple, pour les fibres, ou du labneh pour le calcium et les protéines. Les deux collations peuvent, de l’extérieur, finir par se ressembler plus ou moins, mais l’attitude différente qui sous-tend la composition de chaque repas fait toute la différence et modifie également le sentiment (culpabilité ou enthousiasme) avec lequel il est consommé. Ce qui m’amène à dire que, oui, les réseaux sociaux peuvent être extrêmement destructeurs pour l’image de soi. Mais ils peuvent aussi nous donner accès à de nombreuses ressources et communautés si on sait où les chercher. Vous pouvez facilement trouver des choses que nous, plus âgés, n’avons jamais eues : non seulement des informations fiables sur la nutrition et la forme physique, mais aussi l’accès à des jolis tenues et accessoires pour le corps que vous avez maintenant, des images de types de corps infiniment diverses, ainsi que des communautés en ligne de personnes qui partagent les mêmes idées où vous pouvez vous défouler, vous lamenter, partager et comploter. Tout cela pour dire que le simple fait que vous soyez suffisamment prudente et réfléchie pour poser cette question sur l’intention me dit que vous n’avez pas à vous inquiéter de vous effacer.

Enfin, comment apprendre à s’apprécier soi-même dès maintenant, et non pas dans un avenir où l’on sera plus mince et où l’on se promettra d’être enfin à la hauteur ? Laissez-moi vous dire, en tant que personne qui a connu cet avenir plus mince, qu’apprendre à s’apprécier soi-même reste un combat de toute une vie. Ce n’est pas quelque chose que l’on apprend automatiquement et cela ne vient certainement pas avec un corps différent, comme dans une offre deux pour le prix d’un. Pour prolonger la métaphore, il s’agit de deux achats distincts dans deux magasins complètement différents.

Est-ce que perdre du poids rend la vie plus facile ? Je ne vais pas vous mentir. Oui, à petite comme à grande échelle. Mais s’apprécier soi-même est quelque chose qui vient de l’intérieur. Même si tout le monde vous traite comme si vous aviez plus de valeur après avoir perdu du poids, cela ne se traduit pas par une meilleure estime de soi. En fait, j’ai passé deux bonnes années à être absolument furieuse de la différence dans la manière dont le monde me traitait soudainement, et j’ai dû trouver un moyen de surmonter toute cette colère avant de m’autodétruire ou de blesser les gens autour de moi. Parce qu’en réalité, je n’avais pas changé, et j’étais donc indignée au nom de « l’ancienne moi » que j’étais censée considérer comme un poids mort, dont je m’étais heureusement débarrassée. Mais en réalité, toutes ces absurdités que le monde vous raconte sur la perte de poids ne sont que cela : des absurdités. Il n’y avait pas de « vrai moi » qui s’était soudainement révélé, pas de papillon qui avait émergé d’un cocon de graisse. Je suis restée moi-même à tous les égards. Oui, les choses sont devenues plus faciles à l’extérieur. Mais à l’intérieur, j’ai continué à mener les mêmes combats. C’en était même choquant de voir à quel point je restais moi-même.

La bonne nouvelle, c’est que vous avez une longueur d’avance dans l’apprentissage indispensable de ce qu’est l’estime de soi. En fait, vous disposez d’une sorte de raccourci secret pour y parvenir, parce qu’être en dehors des normes conventionnelles permet de mieux les voir telles qu’elles sont. Elles sapent l’estime de chacun, car elles nous demandent, en particulier à nous les femmes, de nous démembrer en plusieurs bouts, de nous contorsionner dans une posture contre nature qui consiste à toujours nous regarder de l’extérieur. Ainsi, la pratique (là encore, tout au long de la vie) de l’estime de soi exige que vous vous concentriez sur la plénitude. Sur la réunification, sur la guérison. Considérez-vous comme une unité indivisible. Votre corps, c’est vous. Refusez qu’il soit disséqué ou démonté comme celui d’une poupée Barbie. Même dans ce que vous pensez. Il y a un exercice mental que je faisais chaque fois que je convoitais un autre physique, chaque fois que je me surprenais à souhaiter, par exemple, « si seulement j’avais ces hanches ou ces cheveux ou ces cuisses ou quoi que ce soit d’autre ». Je me disais : D’accord, si tu veux ce corps, alors tu dois tout avoir. Pas seulement l’extérieur, mais aussi l’intérieur. Tu devras donc aussi être prête à échanger ton visage, ta structure osseuse, tes organes internes et, par conséquent, ton patrimoine génétique. Ainsi que ta personnalité psychologique, ta santé mentale, ton type d’intelligence particulier, ton paysage émotionnel et ta façon de voir le monde. Ce qui signifie également ton histoire, ton éducation et toutes les personnes que tu connais et que tu aimes. C’est tout ce qui va de pair avec un corps. Réfléchir de cette manière a deux effets. Premièrement, cela vous rappelle, une fois de plus, que vous êtes indissociable de toutes vos composantes. Mais deuxièmement, et plus important encore, cela vous rappelle tout ce que vous êtes, tout ce qui vous entoure et tout ce qui vous ancrent dans le monde : votre imagination, votre ambition, vos rêves, vos talents, votre humour, ainsi que votre famille, votre communauté et votre culture. Je vous ai dit que j’avais l’habitude de faire cela parce que je le faisais si souvent que cela est devenu une seconde nature. Et croyez-moi, apprendre à remplacer l’envie par la gratitude est une compétence qui vous sera utile dans tous les aspects de votre vie et vous aidera à surmonter tant de difficultés qui n’ont rien à voir avec le poids. Au fil du temps, cela change toute votre énergie, qui passe d’une énergie avide et agitée à une énergie plus ancrée, plus posée et plus calme. Cela vous aide à naviguer dans le monde avec beaucoup plus de grâce et vous aide à mieux voir ce qui peut être changé et ce qui ne peut pas l’être.

Je vais vous dire ce que j’aurais aimé pouvoir me dire à 19 ans : vous êtes belle. Je ne veux pas dire que vous êtes belle de l’intérieur. Je ne veux pas non plus dire que vous avez « un si joli visage ». Non, vous êtes belle parce que vous êtes jeune et que vous avez tout l’avenir devant vous, tout un monde à découvrir, toute une personnalité à développer et des possibilités infinies, et vous n’avez aucune, aucune idée d’à quel point tout cela est absolument magnifique, à quel point cela rayonne de vous, même dans les jours les plus malheureux. Vous êtes le cadeau précieux et irremplaçable du temps lui-même. Un jour, vous regarderez des photos de vous à cet âge, ces mêmes photos qu’en ce moment vous scannez à la recherche de vos moindres défauts, et vous vous direz : « Mon Dieu, j’étais tellement, ridiculement, incroyablement belle ! Comment ai-je pu ne pas le voir ? » Vous vous direz : « J’aurais aimé pouvoir me regarder dans le miroir à l’époque avec les yeux que j’ai aujourd’hui. » Y a-t-il un moyen pour que je vous prête ces yeux, ne serait-ce qu’une minute ? J’espère vraiment que oui.

 

Traduit de l’anglais par Marion Beauchamp-Levet

Lina Mounzer

Lina Mounzer is a Lebanese writer and translator. She has been a contributor to many prominent publications including the Paris Review, Freeman’s, Washington Post, and The Baffler, as well as in the anthologies Tales of Two Planets (Penguin 2020), and Best American Essays 2022 (Harper Collins 2022). She is Senior Editor... Read more

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